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Futarchie et gouvernance : quand les marchés prédictifs rencontrent les DAO sur Solana
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Futarchie et gouvernance : quand les marchés prédictifs rencontrent les DAO sur Solana

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Introduction à la futarchie

La gouvernance traditionnelle nous fait défaut. Nous traversons un âge sombre des idées, empreint de pessimisme, où nous pensons que les solutions que nous imaginons sont vaines — notre ordre mondial actuel serait ce que nous pouvons faire de mieux, l’aboutissement du développement humain, et cela suffirait. Pourtant, au milieu de cette désillusion, une innovation prometteuse ouvre une voie radicale pour la gouvernance : la futarchie. Bien qu’expérimentale, elle se montre prometteuse grâce à la Meta-DAO, première application concrète de la futarchie.

Cet article présente tout ce que vous devez savoir sur la futarchie et la Meta-DAO. Son objectif est de vous permettre de comprendre clairement la futarchie, son fonctionnement et la manière de participer à la Meta-DAO. 

Le contexte est fourni chaque fois que nécessaire afin que toute personne intéressée puisse comprendre cet article. Malgré son caractère exhaustif, chaque section reste concise — les sujets complexes sont divisés en sections plus courtes et accessibles, ce qui permet à chacun d’accéder directement à une partie précise et de commencer immédiatement son apprentissage.

Alors que cet article examine les difficultés de nos modèles de gouvernance actuels, l’étude d’alternatives comme la futarchie dépasse le simple exercice académique — elle devient une exploration nécessaire de l’avenir de la prise de décision collective. Nous sommes à l’aube d’une révolution numérique fondée sur des idéaux de responsabilité, d’accessibilité, de transparence et d’efficacité. La futarchie s’appuie sur cette révolution annoncée pour inaugurer une nouvelle ère de gouvernance.

WTFutarchie ?

Une brève analogie

Imaginez que vos amis et vous essayiez de deviner s’il pleuvra demain. Vous disposez de deux bols étiquetés « Oui, il pleuvra demain » et « Non, il ne pleuvra pas demain ». Chacun dépose de l’argent dans le bol correspondant à sa conviction. La somme contenue dans chaque bol indique avec quelle certitude votre groupe pense qu’il pleuvra demain. Ce scénario ressemble à un mini-marché, où le « prix » (c’est-à-dire la somme d’argent) de chaque côté reflète la probabilité que vos amis et vous attribuez à l’événement (la pluie du lendemain).

Cette brève analogie est essentielle pour comprendre la futarchie, qui repose sur l’achat et la vente de « paris » portant sur différents résultats. Le prix de ces paris évolue selon le nombre de personnes qui croient à la réalisation de l’événement et la force de leur conviction. Fondamentalement, la futarchie exploite les principes des marchés prédictifs pour orienter les décisions des systèmes de gouvernance.

Marchés prédictifs

Un marché prédictif permet de négocier les résultats d’événements futurs. Il s’agit d’un marché ouvert et organisé qui prend généralement la forme d’options binaires (c’est-à-dire de marchés fondés sur une simple proposition à laquelle répondre par « oui » ou « non »). Le prix de marché d’un résultat reflète la probabilité que la population votante, ou pariante, lui attribue. L’idée principale est que les marchés prédictifs agrègent les convictions relatives à un résultat futur inconnu. Des traders aux convictions différentes achètent et vendent des contrats liés aux résultats futurs inconnus d’un événement précis. Les prix collectifs de ces contrats sur le marché constituent l’expression consolidée des convictions de la population. Autrement dit, ils reflètent le résultat futur auquel elle s’attend. 

Pour fonctionner efficacement, un marché prédictif nécessite :

  • Un événement sans ambiguïté et connu du public
  • Des résultats couvrant toutes les possibilités
  • Un oracle publiquement vérifiable pour résoudre l’événement
  • Une monnaie (c’est-à-dire un token servant de garantie)

Les marchés prédictifs reposent sur la clarté et la précision. L’événement doit être défini de façon à éviter toute ambiguïté quant à sa réalisation ou sa non-réalisation. Cette clarté permet à la population votante de négocier à partir d’une compréhension commune de l’objet du pari. Par exemple, « Oppenheimer remportera-t-il l’Oscar du meilleur film lors de la 96e cérémonie des Oscars ? » est un événement simple dont le résultat peut être vérifié.

Les résultats possibles d’un marché prédictif doivent couvrir tous les scénarios envisageables afin de résoudre définitivement l’événement. Dans notre exemple portant sur Oppenheimer, un marché d’options binaires est le plus logique : « Oui », Oppenheimer remportera l’Oscar du meilleur film, ou « Non », Oppenheimer ne le remportera pas.

Cet événement doit disposer d’un oracle publiquement vérifiable permettant d’en déterminer le résultat. Sur les marchés prédictifs, un oracle est une source de données fiable utilisée pour déterminer le résultat de l’événement faisant l’objet du pari. Dans notre exemple portant sur Oppenheimer, cet oracle serait l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, l’organisation qui décerne l’Oscar du meilleur film. Nous pourrions aussi intégrer les différentes agences de presse et chaînes câblées couvrant l’événement à un oracle public plus vaste, puisqu’elles publieront la décision de l’Academy. Dans le cas spécifique des cryptomonnaies, prenons l’événement « Le prix de SOL atteindra-t-il 200 $ avant 17 h le 31 mars 2024 ? ». Le marché pourrait utiliser un oracle de prix comme Pyth ou la Price API de Jupiter pour vérifier ce résultat.

Lorsque les traders achètent et vendent des contrats liés aux résultats d’événements précis, ils fournissent une garantie. Une garantie est un actif qu’un emprunteur propose à un prêteur comme protection. Elle permet au prêteur de récupérer une partie de ses pertes si l’emprunteur ne rembourse pas. Le choix de la garantie est crucial pour les marchés prédictifs : il doit s’agir d’un actif de valeur que les participants sont prêts à engager. La garantie doit également être relativement stable et ne pas être directement influencée par le résultat du marché. Par exemple, il serait très problématique que l’événement porte sur la chute du prix de SOL sous un certain seuil et que le token utilisé comme garantie soit SOL.

Qu’est-ce donc que la futarchie ?

La futarchie, proposée par le Dr Robin Hanson, s’appuie sur les principes fondamentaux des marchés prédictifs pour proposer un nouveau modèle de gouvernance. Ce modèle repose sur trois hypothèses générales qui justifient son utilisation comme système de gouvernance alternatif :

  • Les démocraties échouent souvent à agréger toutes les informations disponibles, ce qui conduit à des décisions politiques sous-optimales
  • La distinction entre les nations prospères et celles en difficulté est claire, ce qui suggère qu’une gouvernance efficace a une incidence considérable sur le bien-être national
  • Les marchés de paris excellent dans l’agrégation des informations, ce qui pourrait en faire des mécanismes supérieurs pour éclairer les décisions politiques

La futarchie est l’application des marchés prédictifs à la gouvernance. Elle repense la gouvernance en confiant le pouvoir de décision au marché plutôt qu’aux élus ou à la population votante — le marché décidera. La futarchie suppose que les paris collectifs de participants informés peuvent fournir un indicateur de l’efficacité des politiques plus fiable que le vote traditionnel ou le seul avis des experts. Elle repose sur le principe suivant : « nous votons selon nos valeurs, mais parions selon nos convictions ». Tandis que les objectifs et les valeurs d’ensemble d’un système de gouvernance sont définis par des moyens démocratiques conventionnels, les politiques concrètes permettant de les atteindre sont sélectionnées en fonction de leur efficacité prévue, déterminée par les marchés prédictifs. Cette approche s’appuie sur l’hypothèse d’efficience des marchés (HEM), selon laquelle le prix des actifs reflète toutes les informations disponibles. 

Nous pouvons définir formellement la futarchie ainsi :

Une forme de gouvernance dans laquelle les politiques adoptées sont celles auxquelles les marchés prédictifs ont clairement attribué l’effet le plus positif.

Comment fonctionne-t-elle ?

À un niveau général, un système de gouvernance futarchique comporte trois étapes :

  • Définition des valeurs
  • Partage des informations
  • Recommandation d’une politique

Définition des valeurs

Le processus commence par la définition collective d’indicateurs de réussite (par exemple, la croissance du PIB, la durabilité environnementale, les indicateurs de santé publique ou le bien-être national) au moyen de méthodes traditionnelles de participation démocratique. Il peut s’agir d’un vote direct, de forums publics ou de plateformes en ligne. Cette étape garantit que les politiques correspondent aux priorités de la communauté.

Les membres de la communauté créent et publient ensuite des propositions de politiques ciblant ces indicateurs, chacune étant assortie d’une durée de maturation définie pour en évaluer l’impact.

Partage des informations

Deux marchés prédictifs sont créés pour chaque proposition : un pour le « Oui » (la politique sera efficace) et un pour le « Non » (la politique ne sera pas efficace). Les participants apportent une garantie en échange de tokens représentant ces résultats et sont incités à négocier ces tokens en raison des bénéfices potentiels associés à des prédictions exactes. En négociant sur ces marchés, les participants contribuent à la vision de l’intelligence collective quant à l’impact potentiel de la politique.

Ces marchés utilisent des actifs dont l’offre initiale est nulle, ce qui signifie que ces actifs n’existent qu’en raison de l’activité de négociation sur le marché. Les participants peuvent ainsi acheter ou vendre des actifs en se fondant uniquement sur leurs prédictions. L’utilisation de tels actifs favorise un environnement de marché flexible. Ce type d’environnement est essentiel pour refléter l’intelligence collective de la population votante et son consensus sur les résultats de politiques précises.

Recommandation d’une politique

À l’issue de la période de négociation, la politique bénéficiant de la confiance la plus élevée du marché (c’est-à-dire du prix le plus élevé) est mise en œuvre. Cette étape transforme directement l’intelligence collective du marché en une décision de gouvernance applicable. Les transactions du marché perdant sont annulées, ce qui protège les garanties des participants tout en encourageant leur participation. La réussite de la politique est ensuite évaluée selon les indicateurs initiaux afin de mesurer l’exactitude des prédictions du marché. Cela garantit que les politiques mises en œuvre reflètent les valeurs de la communauté tout en reposant sur des données empiriques indiquant leur réussite potentielle. Les participants au marché gagnant sont récompensés, ce qui favorise un engagement éclairé et actif tout au long du processus.

Exemple

Prenons un gouvernement futarchique qui examine une politique visant à réduire les émissions de carbone. Un marché spéculatif est créé pour évaluer l’impact de cette politique sur le bien-être national, notamment à l’aide de plusieurs indicateurs de durabilité environnementale. Les participants négocient selon leurs prédictions quant à l’efficacité de la politique. Si le marché prévoit clairement un impact positif significatif, le gouvernement adopte alors la politique sous forme de loi, guidé en définitive par l’intelligence collective de ses citoyens.

Avantages de la futarchie

L’action collective reste un problème non résolu

Le défi de l’action collective est aussi ancien que la société elle-même. Incarné par la tragédie des biens communs, ce dilemme met en lumière une question sociétale non résolue : comment harmoniser les actions individuelles avec le bien commun ? Ce dilemme dépasse son application traditionnelle aux questions environnementales et à l’épuisement des ressources pour toucher tous les niveaux de la coopération humaine. Les tentatives passées visant à résoudre le problème de l’action collective — par les normes culturelles, les enseignements religieux, les idéaux philosophiques et la gouvernance centralisée — ont montré leurs limites. 

Les pratiques culturelles et religieuses unissent depuis longtemps les communautés en encourageant des comportements altruistes conformes au bien-être collectif. Par exemple, des principes comme la règle d’or et des enseignements comme l’importance de la communauté ainsi que la recherche du bonheur et de la vertu de tous les citoyens comme bien suprême semblaient fournir un cadre solide pour les comportements coopératifs. Pourtant, les systèmes culturels et religieux se rigidifient souvent, s’adaptent lentement aux nouveaux défis et peuvent être exploités par ceux qui privilégient leur intérêt personnel au détriment du bien-être collectif.

Des idéaux philosophiques, comme les philosophes-rois de Platon, ont proposé un pouvoir éclairé comme solution au problème de l’action collective. Des dirigeants comme Alexandre le Grand et Marc Aurèle sont parfois présentés comme des exemples de ce concept hypothétique, car ils auraient possédé suffisamment de connaissances pour être considérés comme de bons souverains. Toutefois, la rareté des personnes sages et altruistes disposées à gouverner, associée à la nature corruptrice du pouvoir, rend cette solution inadaptée à une adoption généralisée. Ce phénomène se retrouve dans les organisations modernes, qui souffrent du problème principal-agent : les dirigeants prennent souvent des décisions intéressées qui nuisent au groupe parce qu’ils ont avantage à le faire. Par exemple, les nominations proposées par le Premier ministre Boris Johnson à la Chambre des lords ont été sélectionnées en fonction de leur soutien à sa version du Brexit, plutôt que de leurs compétences ou de leurs services rendus au public. John Bercow, ancien président de la Chambre des communes, n’a pas été nommé en raison de son opposition à Johnson.

Les systèmes de gouvernance modernes tentent d’aligner les incitations individuelles sur les résultats collectifs au moyen de processus démocratiques et de mécanismes de gouvernance d’entreprise. Malgré ces efforts, nous n’avons toujours pas résolu les problèmes d’asymétrie de l’information, de court-termisme et de vulnérabilité à la manipulation. Ces problèmes aggravent souvent la difficulté à prendre des décisions à long terme qui profitent réellement à tous.

Ces approches historiques ont un point commun : bien que les humains possèdent une capacité innée à coopérer, nos méthodes d’organisation et de prise de décisions collectives sont extrêmement complexes. La section suivante montre clairement que les méthodes traditionnelles de gouvernance peinent à répondre aux exigences nuancées de la société contemporaine. La recherche de systèmes de gouvernance plus efficaces, équitables et réactifs nous conduit à envisager de nouveaux paradigmes (*tousse* la futarchie *tousse*) capables de mieux exploiter l’intelligence collective pour assurer la coordination sociale.

Nos institutions nous font défaut

Les institutions sont indispensables à une société prospère. Elles façonnent et encadrent les comportements par leurs règles et leurs normes. Selon leur solidité, les institutions peuvent être une source de prospérité ou de problèmes. Par exemple, la Norvège est considérée comme l’un des meilleurs pays où vivre grâce à la solidité de ses institutions. Elle bénéficie d’un PIB élevé par habitant, de l’un des niveaux de vie les plus élevés au monde, d’un taux de récidive extrêmement faible et d’un large accès à l’enseignement secondaire et supérieur.

À l’inverse, la Somalie est un État anarchique caractérisé par une criminalité violente, de faibles droits de propriété et un accès limité à l’eau potable de base. La comparaison entre la Norvège et la Somalie souligne l’influence de la solidité des institutions sur la prospérité d’un pays. Il serait facile de conclure que la Norvège est plus prospère grâce à la solidité de ses institutions. 

Malgré les avantages d’institutions solides, de plus en plus d’éléments témoignent de leur défaillance dans les pays développés. La montée du populisme et des sentiments antisystème dans des pays comme le Royaume-Uni, l’Italie, les États-Unis et le Canada en est un exemple. Aux États-Unis, notamment, la confiance dans les institutions américaines a atteint son plus bas niveau historique. En 2022, seuls 25 % des Américains déclaraient avoir confiance dans la Cour suprême des États-Unis. Une étude de 2021 sur les élections de 2020 montre qu’environ un quart des adultes pensent que le scrutin a été entaché de votes illégaux et que 53 % des Républicains considèrent Trump comme le « véritable président ». La diminution de l’intérêt à s’informer sur les candidats politiques suggère que le gouvernement américain évolue vers une ploutocratie, signe d’un échec de la gouvernance traditionnelle. 

La gouvernance traditionnelle nous fait défaut.

La solution : la futarchie

Face à ces défis, la futarchie propose une nouvelle approche de la gouvernance. Elle exploite la puissance des marchés spéculatifs afin d’améliorer la prise de décision et l’efficacité des politiques. La futarchie présente plusieurs avantages distincts par rapport aux modes de gouvernance traditionnels. À savoir :

Agrégation supérieure des informations

Les marchés prédictifs excellent dans la collecte d’informations. Ils incitent les individus à acquérir et à partager des informations par le biais des échanges, ce qui aboutit à des prix de consensus reflétant la sagesse collective. Par exemple, le marché a remarquablement identifié les joints toriques de Morton-Thiokol comme cause sous-jacente de la catastrophe de Challenger en 14 minutes, alors que le gouvernement américain a mis plus de cinq mois à parvenir à la même conclusion. En tant qu’instrument supérieur d’agrégation des informations, les marchés prédictifs peuvent contribuer à restaurer la confiance dans les institutions en permettant la mise en œuvre de meilleures politiques dans un système de gouvernance futarchique.

Prise en compte des limites des électeurs

La futarchie atténue les problèmes liés à l’ignorance et à l’excès de confiance des électeurs en s’appuyant sur le pouvoir prédictif des marchés. Elle encourage intrinsèquement une participation éclairée et garantit que seules les personnes disposant de connaissances crédibles sont susceptibles d’influencer les décisions politiques.

Résistance à la manipulation

Contrairement aux systèmes électoraux traditionnels, dans lesquels la désinformation et les appels aux émotions peuvent facilement influencer l’opinion publique, les marchés prédictifs futarchiques résistent mieux à la manipulation. Les enjeux financiers liés aux échanges créent une barrière naturelle contre les spéculations infondées, car les participants prennent leurs décisions avec davantage de prudence et de discernement.

Contrôle direct par les estimations du marché

La futarchie permet aux prix du marché d’influencer directement les décisions politiques. Les actions reposent ainsi sur les informations disponibles les plus précises et les plus récentes. Cette approche contourne les processus décisionnels souvent lents et politiquement motivés de la gouvernance traditionnelle, ce qui permet de mettre en œuvre les politiques de façon plus rapide et efficace.

Encouragement de la participation publique et de la transparence

La futarchie favorise une citoyenneté plus engagée et mieux informée — elle implique une plus grande partie de la population dans le processus décisionnel grâce à sa participation au marché. Les raisons qui motivent les décisions politiques sont alors visibles et compréhensibles par tous, ce qui renforce la confiance dans la gouvernance.

Souplesse dans l’approbation des politiques

La futarchie est idéologiquement neutre — « elle pourrait aboutir à n’importe quel système, du socialisme extrême à la minarchie extrême », selon les souhaits de la population votante. Elle permet ainsi d’évaluer un large éventail de politiques selon leurs mérites, sans parti pris politique ni biais idéologique.

Amélioration de l’expérimentation et de l’adaptabilité des politiques

L’approche de la futarchie axée sur le marché permet de tester et d’adapter rapidement les politiques. En surveillant étroitement les réactions du marché aux politiques proposées, les systèmes de gouvernance peuvent gagner en dynamisme et abandonner les mesures inefficaces. Cette agilité dans l’expérimentation et l’adaptation permet aux systèmes de gouvernance de suivre le rythme des progrès sociétaux et technologiques, contrairement aux modes de gouvernance traditionnels.

Amélioration progressive des indicateurs de bien-être

La futarchie encourage l’amélioration continue des indicateurs utilisés pour évaluer la réussite des politiques, ce qui permet de les ajuster et de les perfectionner au fil du temps. Ce processus itératif garantit que la gouvernance évolue en fonction des valeurs et des besoins changeants de la population votante.

La futarchie propose une transformation profonde en exploitant l’efficacité et l’intelligence des marchés pour remédier aux écueils de la gouvernance traditionnelle et de la mise en œuvre des politiques. En pariant sur les valeurs mais en votant selon les convictions, la futarchie vise à créer un système de gouvernance mieux informé, plus efficace et plus réactif, qui réponde davantage aux valeurs et aux besoins de la population votante.

Critiques et limites

Bien qu’innovante, la futarchie fait l’objet de critiques importantes qui remettent en question sa faisabilité et son efficacité en tant que modèle de gouvernance. Parmi celles-ci :

Évolutivité

La futarchie ne passe pas intrinsèquement à l’échelle. Bien qu’elle semble prometteuse pour les décisions importantes aux enjeux élevés (par exemple, licencier un CEO), son efficacité pour des décisions plus modestes et courantes (par exemple, licencier un responsable de division) reste incertaine. L’impact de ces actions moins conséquentes pourrait ne pas être correctement reflété dans les prix du marché. Cela pourrait limiter l’applicabilité de la futarchie à un éventail plus large de décisions de gouvernance.

Manipulation du marché et rapports de force

Les critiques avancent qu’une seule entité puissante ou une coalition pourrait manipuler les résultats du marché. Elle pourrait le faire en achetant continuellement des tokens « Oui » et en vendant à découvert des tokens « Non », afin d’orienter les prix en sa faveur. Cette crainte souligne le risque que les participants fortunés influencent les décisions politiques au détriment d’un véritable consensus du marché. Ce risque est amplifié par la possibilité d’un comportement autoréférentiel du marché, dans lequel les participants réagissent aux actions des autres plutôt qu’aux informations sous-jacentes. Cela remet également en question la capacité de la futarchie à agréger des informations exactes.

Critiques de l’hypothèse d’efficience des marchés

La dépendance de la futarchie à l’égard de l’hypothèse d’efficience des marchés a été remise en question. Des investisseurs comme Warren Buffet et George Soros s’y opposent ouvertement et contestent l’utilité de l’hypothèse d’efficience des marchés comme modèle théorique. La crise financière de 2007-2008 a également suscité un nouvel examen critique. En outre, les données empiriques sont mitigées, mais n’ont généralement pas confirmé les formes fortes de l’hypothèse d’efficience des marchés.

Asymétrie de l’information

L’accès inégal aux informations parmi les participants au marché pourrait compromettre l’équité et l’efficacité de la futarchie. Toute personne disposant de connaissances avancées ou de capacités d’analyse supérieures pourrait exercer une influence disproportionnée sur les résultats politiques.

Prévisions à long terme

Les horizons très longs associés aux effets des politiques introduisent une incertitude considérable. Selon les critiques, il devient alors difficile pour les marchés de fournir des prévisions exactes, car les humains sont généralement moins performants pour les prévisions à long terme que pour celles à court terme. La nécessité de clôturer les marchés — ce qui exige de déterminer un résultat clair — complexifie la structure des incitations, surtout lorsque les effets d’une politique se déploient sur plusieurs décennies.

Contraintes budgétaires et hiérarchisation des politiques

L’absence de mécanismes permettant de tenir compte des contraintes budgétaires et de la nécessité de hiérarchiser les politiques soulève des questions quant à la capacité de la futarchie à gérer des ressources limitées et à concilier efficacement plusieurs objectifs politiques concurrents.

Simplification des valeurs humaines et des effets des politiques

Les critiques soutiennent que la dépendance de la futarchie à un indicateur unique de bien-être pour orienter les décisions politiques simplifie excessivement la nature multiple des valeurs humaines et l’impact complexe des différentes politiques. Selon cet argument, réduire les décisions de gouvernance à des prédictions de marché fondées sur un seul indicateur (c’est-à-dire le bien-être national) pourrait entraîner des oublis et des conséquences imprévues.

Vulnérabilité des indicateurs de bien-être à la corruption et à la loi de Goodhart

La sélection des indicateurs officiels de bien-être qui orientent les décisions politiques est complexe. Ces indicateurs doivent à la fois résister à la manipulation et rendre compte des valeurs nuancées qui reflètent véritablement le bien-être de la société. Cet équilibre est précaire : l’introduction d’indicateurs détaillés du bien-être national présente des risques d’erreur et de manipulation. À l’inverse, des indicateurs plus objectifs et plus difficiles à détourner peuvent conduire à la loi de Goodhart : une mesure cesse d’être efficace dès qu’elle devient un objectif. Par exemple, utiliser le PIB comme indicateur de bien-être pourrait encourager des activités superficielles visant à accroître le PIB sans améliorer véritablement le bien-être de la société.

Réponse aux défis mondiaux émergents et complexes

La futarchie reste largement inexpérimentée. Les critiques se demandent si les marchés prédictifs peuvent correctement représenter l’étendue de l’expertise et du consensus nécessaires pour relever des défis mondiaux émergents et complexes comme le changement climatique.

Réponse à ces critiques

En réponse à ces critiques, Robin Hanson et d’autres défenseurs soutiennent que bon nombre d’entre elles ne sont pas propres à la futarchie et qu’une conception et une mise en œuvre rigoureuses peuvent en atténuer les effets. Hanson a également répondu directement à la plupart de ces critiques dans son article Devons-nous voter sur les valeurs, mais parier sur les convictions ? 

Par exemple, Hanson répond aux préoccupations concernant la manipulation des marchés et les rapports de force en soulignant la puissance financière relative des acteurs individuels par rapport au marché dans son ensemble. Il affirme que même les personnes les plus riches, comme Bill Gates, ne possèdent qu’une fraction du capital total du marché. Si une personne comme Gates pouvait temporairement influencer les prix du marché, le marché au sens large corrigerait probablement les erreurs de valorisation si l’intelligence collective désapprouvait les actions du manipulateur. Ce mécanisme d’autocorrection constitue une force fondamentale de l’approche de la futarchie fondée sur les marchés.

La futarchie représente une transformation profonde de la gouvernance, fondée sur la conviction que les marchés peuvent améliorer la prise de décision. Bien que les critiques soulèvent des points importants, les contre-arguments de Hanson et le cadre solide qu’il propose suggèrent une voie pour répondre à ces préoccupations.

L’expérimentation est un aspect essentiel de la proposition de Hanson. En commençant par des expériences à petite échelle et en évoluant selon les enseignements tirés, la futarchie pourrait se redéfinir pour répondre aux critiques et aux limites actuelles. La futarchie n’est pas parfaite — elle nécessite une recherche et un développement continus. La complexité de la mise en œuvre d’un système de gouvernance fondé sur les marchés est évidente. Si les modèles théoriques peuvent fournir une base solide, les applications concrètes révéleront les aspects à améliorer.

C’est là qu’intervient la Meta-DAO, la première application concrète de la futarchie.

La Meta-DAO : la première organisation gouvernée par un marché

La Meta-DAO est un nouveau type d’organisation gouvernée par les marchés plutôt que par la politique. Elle se décrit comme un collectif d’intellectuels et de libres-penseurs dont l’objectif est de réformer la coordination humaine en démontrant que la futarchie fonctionne. Il s’agit d’un protocole conçu comme une expérience permanente, qui exploite l’intelligence collective du marché pour guider les décisions de gouvernance et d’investissement de la DAO. La Meta-DAO est la première organisation au monde à employer un système de gouvernance futarchique.

(Autrement dit, de manière un peu détournée, c’est un groupe de passionnés de Solana constamment en ligne qui veulent gagner de l’argent en développant l’écosystème et en y investissant, tout en l’améliorant grâce aux marchés prédictifs).

Pour ceux qui ne connaissent pas ce concept, une DAO (organisation autonome décentralisée) est une communauté détenue par ses membres et dépourvue de direction centralisée. Elle est gérée entièrement ou partiellement par des smart contracts déployés sur une blockchain. Parmi les DAO populaires figurent MakerDAO, ConstitutionDAO, DeveloperDAO et The DAO. La Meta-DAO appartient à cette catégorie. Elle s’en distingue toutefois par son modèle de gouvernance unique. Ses membres estiment que le système de gouvernance de Compound Finance de Robert Leshner a été largement adopté. Le problème est que ce système ne convient qu’aux projets très simples. Les projets de plus grande envergure nécessitent une Meta-DAO, c’est-à-dire une DAO divisée en DAO plus petites, chacune adaptée à un aspect précis du projet global. Nous y reviendrons lorsque nous examinerons le fonctionnement de la Meta-DAO. Mais tout d’abord, qui dirige cette DAO expérimentale ?

Les Futards (fut/acc)

Dans le langage courant, un futard désigne une personne qui s’identifie à la futarchie ou s’y associe. Les futards peuvent venir de tous les horizons et posséder des compétences variées. La Meta-DAO s’appuie sur une équipe diversifiée de futards pour assurer la maintenance et l’amélioration de la DAO. L’« équipe » principale de futards comprend des contributeurs de premier plan dans différents domaines :

  • Dean et Nico - Pilotage de l’engagement de la communauté
  • Blockchainfixesthis - Direction de la production de contenu
  • Proph3t - Supervision du développement des principaux smart contracts et des opérations générales
  • 0xNallok - Supervision du développement commercial et des opérations générales
  • Dodecahedr0x - Supervision du code source principal, notamment de l’interface utilisateur et des smart contracts

L’« équipe » recherche davantage de soutien dans les domaines suivants : réseaux sociaux, marketing, philosophie, intégration, engagement et recherche.

Précisons que le terme « équipe » est employé au sens large en raison de la nature décentralisée de la Meta-DAO. Il n’existe ni patrons ni hiérarchies d’entreprise, mais des responsables sont désignés pour des projets spécifiques. Ils ne sont pas salariés à proprement parler, mais sont rémunérés pour leurs efforts.

Rôles au sein de la Meta-DAO

Les futards peuvent être regroupés dans l’un des rôles suivants :

  • Analyste
  • Entrepreneur
  • Cyber-agent 

Les analystes sont des francs-tireurs des marchés : stratèges, détectives privés et économistes en chambre. Ils mettent leur expertise à profit pour évoluer sur les marchés et prendre des décisions éclairées qui orientent l’allocation des ressources de la DAO. Leurs capacités d’analyse leur permettent d’évaluer les propositions et les opportunités avec discernement. Cela se traduit souvent par des résultats lucratifs, tant pour eux-mêmes que pour la DAO. Il s’agit d’un rôle absolument essentiel dans un système de gouvernance où la dynamique des marchés détermine les décisions.

Les entrepreneurs sont les catalyseurs de l’innovation : ce sont des visionnaires qui lancent des projets repoussant les limites de ce que la Meta-DAO peut accomplir. Les entrepreneurs sont polyvalents. Ils possèdent une combinaison rare de compétences, allant de l’analyse à la vente, pour constituer des équipes, obtenir des financements et mener leurs projets à terme. Ils prennent des risques et sont intrinsèquement motivés par la possibilité de créer des propositions à fort impact.

Les cyber-agents sont la colonne vertébrale de la Meta-DAO. Ce sont eux qui agissent : les développeurs, les designers et les spécialistes du marketing. Les cyber-agents traduisent directement les valeurs et les propositions de la DAO en résultats concrets. Ils sont polyvalents, hautement qualifiés dans leurs domaines respectifs et animés par leur engagement envers la mission de la Meta-DAO.

La synergie entre analystes, entrepreneurs et cyber-agents constitue la pierre angulaire du succès naissant de la Meta-DAO. Mais comment collaborent-ils exactement ? Comment fonctionne la Meta-DAO ?

Comment fonctionne la Meta-DAO ?

La Meta-DAO est une application pratique de la futarchie visant à gérer un collectif d’entités à but lucratif, que nous appellerons les membres. Ce modèle va au-delà du futard individuel et assimile chaque membre à une sous-DAO, à l’image des sous-DAO de Helium. Les membres se concentrent sur un seul produit ou service et disposent de leur propre trésorerie, à l’image de la structure du capital d’une entreprise traditionnelle. Ensemble, ces membres forment la Meta-DAO.

Globalement, la Meta-DAO s’articule autour des trois étapes générales d’un système futarchique — formation des valeurs, partage de l’information et recommandation de politiques — mais avec des mécanismes uniques adaptés à sa nature décentralisée. 

Formation des valeurs : propositions

Les membres orientent les actions de la Meta-DAO au moyen de propositions d’amélioration. Ces propositions consistent essentiellement en un ensemble de commandes (c’est-à-dire des instructions Solana) associées à des membres précis et détaillant les actions à exécuter si leur proposition est adoptée.

Pour la Meta-DAO, l’objectif « est de faire monter le chiffre ». Chaque décision repose sur ce que le marché considère comme le meilleur résultat pour son token, META. La plupart des propositions incluent un modèle financier qui détaille les revenus potentiels selon différentes méthodes d’évaluation (par exemple, la méthode du capital-risque, la méthode Berkus ou des évaluations comparables à celles de projets similaires). Ces informations expliquent comment le membre estime que la proposition influencera la valeur de META à court, moyen et long terme.

Au départ, un sujet, un problème ou une initiative fait l’objet de discussions sur le Discord de la Meta-DAO ou entre des parties externes. Une proposition est ensuite rédigée à partir de l’un des modèles suivants :

Les détails de la proposition sont publiés en ligne sur une plateforme comme Medium ou HackMD afin d’en garantir la transparence et l’accessibilité. Si elle suscite suffisamment d’intérêt et que les parties responsables sont suffisamment alignées, la proposition est soumise on-chain. 

Pour soumettre la proposition on-chain, les membres doivent interagir avec le programme autocrat. Ce programme orchestre la futarchie en initialisant les propositions. Une proposition doit être initialisée avec plusieurs champs obligatoires, dont un proposant, un lien vers la description et une instruction exécutable de la Solana Virtual Machine (SVM). Par exemple, un membre pourrait soumettre une proposition visant à transférer 100 000 USDC vers le wallet d’une équipe de développement afin de créer un produit générateur de revenus géré par la Meta-DAO.

Tout le monde peut soumettre une proposition.

Partage de l’information : négociation de tokens conditionnels

Une fois qu’une proposition a été soumise avec succès, le programme autocrat lance la création de deux marchés prédictifs : un marché conditionnel à l’adoption et un marché conditionnel au rejet. Le marché de l’adoption représente l’impact attendu de la proposition, tandis que le marché du rejet représente le statu quo. En supposant que le marché soit efficace et que la proposition ait un impact suffisant, le prix de META sur les marchés de l’adoption et du rejet devrait diverger pendant la période de négociation définie. Cet écart de prix indiquera à la Meta-DAO si le marché anticipe une valeur positive de la mise en œuvre d’une proposition donnée.

Le lecteur averti pourrait se demander : « À quoi sert un système futarchique construit sur une blockchain si nous devons pouvoir annuler les transactions du marché perdant ? » Les blockchains ne permettent pas aux utilisateurs d’annuler des transactions une fois celles-ci finalisées. La Meta-DAO propose donc de simuler l’annulation des transactions à l’aide de tokens conditionnels.

La Meta-DAO utilise le programme conditional vault pour faciliter la création de tokens conditionnels au moyen de coffres conditionnels. Il s’agit d’un service de séquestre décentralisé qui conserve les fonds alloués aux marchés conditionnels à l’adoption et au rejet d’une proposition donnée. Ces coffres permettent à la Meta-DAO de simuler l’annulation de transactions. Chaque coffre conditionnel est associé à un token sous-jacent précis (par exemple, META ou USDC) et à une autorité de règlement désignée qui, dans ce cas, est toujours la Meta-DAO elle-même.

Les participants peuvent déposer leurs tokens sous-jacents dans ces coffres et recevoir en échange deux types de tokens conditionnels : un lot échangeable contre les tokens d’origine si la proposition est adoptée (c’est-à-dire des tokens conditionnels à l’adoption), et un autre échangeable si la proposition est rejetée (c’est-à-dire des tokens conditionnels au rejet). Ce système permet aux participants de spéculer sur l’issue des propositions en négociant ces tokens conditionnels, et donc d’exprimer des opinions nuancées sur l’impact potentiel de la proposition sur la valeur de META.

Par exemple, un participant convaincu qu’une proposition sera adoptée peut déposer 100 USDC dans un coffre conditionnel et recevoir 100 USDC conditionnels à l’adoption et 100 USDC conditionnels au rejet. Il peut ensuite échanger ses USDC conditionnels à l’adoption contre des META conditionnels à l’adoption, établissant ainsi sa position en fonction du résultat anticipé. Si la proposition est adoptée, il peut échanger ses USDC conditionnels à l’adoption contre des USDC à leur nouvelle valeur découlant de son succès. Si la proposition est rejetée, il peut échanger ses META conditionnels au rejet contre les META d’origine. L’investissement du participant est ainsi protégé contre l’issue négative de la proposition. Notez qu’à tout moment, l’autorité de règlement (c’est-à-dire la Meta-DAO) peut finaliser ou annuler un coffre.

Programme de prix moyen pondéré dans le temps (TWAP)

Il est important de noter que, pendant les négociations sur les marchés conditionnels d’une proposition, le prix de META sur chaque marché est suivi par un oracle de prix moyen pondéré dans le temps (TWAP). Le TWAP est un algorithme de tarification utilisé pour calculer le prix moyen d’un actif sur une période donnée. La Meta-DAO utilise un programme TWAP pour déterminer la juste valeur marchande des tokens conditionnels négociés sur un marché conditionnel donné.

Tous les marchés de la Meta-DAO reposent sur OpenBook V2. Cependant, aucun oracle TWAP n’existait pour OpenBook ni pour aucun autre AMM ou CLOB de Solana. Ils ont donc développé le leur. Le TWAP d’OpenBook repose sur Uniswap V2, ce qui signifie que :

  • Chaque marché dispose d’un agrégateur de prix cumulatif
  • Le prix spot actuel est ajouté à l’agrégateur avant la première transaction d’un slot. Le prix spot actuel correspond à la moyenne entre la meilleure offre d’achat et la meilleure offre de vente
  • Il est possible de calculer le TWAP entre deux points à l’aide de l’expression : (current_aggregator - past_aggregator) / slots_elapsed 

L’utilisation du TWAP contribue à atténuer l’impact des manipulations de prix ou de la volatilité à court terme. Le processus décisionnel s’appuie ainsi sur un prix moyen plus stable et représentatif sur toute la période de négociation. Les décisions politiques reposent donc sur un sentiment durable du marché plutôt que sur des fluctuations temporaires.

À la fin de la période de négociation, le marché présentant le TWAP le plus élevé est finalisé, et l’action associée à ce marché est exécutée.

Recommandation de politique : résolution d’une proposition et annulation du marché perdant

Le processus de finalisation débute une fois la période de négociation désignée écoulée, actuellement fixée à dix jours. N’importe qui peut déclencher la finalisation d’une proposition afin d’éviter que des retards inutiles n’entravent le processus. Le programme autocrat évalue ensuite le TWAP des marchés conditionnels à l’adoption et au rejet. Le marché présentant le TWAP le plus élevé indique une conviction collective en faveur soit de l’impact positif de la proposition, soit du maintien du statu quo.

Si le TWAP du marché conditionnel à l’adoption est supérieur de >5 % au prix du marché conditionnel au rejet, la proposition est adoptée. Le programme autocrat exécute l’instruction SVM correspondante, finalise le marché de l’adoption et annule les transactions effectuées sur le marché conditionnel au rejet. À l’inverse, si le TWAP du marché conditionnel au rejet est plus élevé, la proposition échoue, le marché conditionnel au rejet est finalisé et les transactions effectuées sur le marché conditionnel à l’adoption sont annulées afin de préserver l’état actuel. 

Les transactions du marché gagnant sont concrétisées. Les tokens conditionnels sont ainsi convertis en actifs sous-jacents (c’est-à-dire en USDC ou en META). Cette conversion légitime la valeur des transactions sur le marché gagnant, puisqu’elles sont désormais adossées à des actifs tangibles. À l’inverse, les tokens du marché perdant sont considérés comme sans valeur et sont effectivement brûlés, car leur valeur spéculative n’est pas convertie en actifs réels. 

Les participants peuvent ensuite échanger leurs tokens conditionnels gagnants contre les actifs sous-jacents. Le cycle allant de la spéculation à la concrétisation est ainsi achevé, depuis la négociation d’actifs sans offre sur des marchés prédictifs conditionnels jusqu’au profit. Le processus d’échange est simplifié par l’interface utilisateur de la Meta-DAO, que nous présenterons dans la section Comment participer à la Meta-DAO.

Exemple de scénario

La Meta-DAO reçoit une proposition de SolDeFi Innovations concernant LampRewarder, une nouvelle application DeFi conçue pour tirer parti des faibles frais de transaction et du débit élevé de Solana. LampRewarder vise à récompenser les utilisateurs avec une petite quantité de lamports lorsqu’ils effectuent des activités DeFi telles que des swaps, du staking ou l’apport de liquidités pour META sur certaines plateformes.

Lors de la soumission, le programme autocrat crée deux marchés : un marché conditionnel à l’adoption pour approuver le développement de LampRewarder et un marché conditionnel au rejet. La proposition présente un modèle de revenus clair pour LampRewarder, comprenant des frais de transaction sur les récompenses, des fonctionnalités premium sur certaines plateformes pour renforcer l’engagement des utilisateurs et des partenariats de partage des revenus avec d’autres plateformes DeFi. Ce modèle promet de générer des revenus importants pour la trésorerie de la Meta-DAO et d’accroître la valeur de META.

Pendant la période de négociation, LampRewarder bénéficie d’une forte hausse du soutien en raison de son potentiel à stimuler l’activité DeFi sur différentes plateformes DeFi. L’enthousiasme de la communauté se reflète dans la hausse de la valeur des tokens META conditionnels à l’adoption. Malgré un certain scepticisme quant à la viabilité du projet à long terme, le modèle de revenus détaillé de la proposition rallie la majorité.

Après la période de négociation de 10 jours, le TWAP du marché conditionnel à l’adoption est nettement supérieur à celui du marché conditionnel au rejet. Le programme autocrat finalise le marché conditionnel à l’adoption et alloue des fonds de la trésorerie de la Meta-DAO à SolDeFi Innovations pour développer LampRewarder.

Les participants qui ont soutenu la proposition sont récompensés, et la trésorerie de la Meta-DAO bénéficie des nouvelles sources de revenus générées par LampRewarder.

Ce scénario souligne la capacité de la Meta-DAO à mobiliser l’intelligence collective de ses membres pour soutenir des initiatives susceptibles de favoriser la croissance de la communauté, la génération de revenus et l’appréciation de META.

Meta-DAO : répondre aux avantages et aux limites de la futarchie

Cela semble prometteur, mais comment la Meta-DAO répond-elle aux critiques et aux limites de la futarchie évoquées précédemment ? La futarchie n’échoue-t-elle pas à passer à l’échelle ? Ne serait-elle pas vulnérable à l’influence des initiés et à la manipulation des marchés ? L’approche de la Meta-DAO a suscité intérêt et débat autour de la faisabilité et de l’efficacité de la futarchie.

Évolutivité

L’une des critiques les plus fréquentes à l’encontre de la futarchie comme modèle de gouvernance concerne son manque d’évolutivité, notamment pour les décisions mineures et courantes. Pourtant, avec sa structure innovante et son application des principes futarchiques, la Meta-DAO constitue une étude de cas convaincante pour surmonter ces critiques. En divisant l’organisation en entités à but lucratif plus petites, chacune dotée de sa propre trésorerie, la Meta-DAO exploite la composabilité et l’efficacité de Solana pour créer un modèle de gouvernance plus évolutif et flexible.

Même si la Meta-DAO rencontrait à l’avenir des problèmes d’évolutivité, l’adaptabilité et l’efficacité de la futarchie pourraient lui permettre de changer de cap et d’adopter d’autres outils et modèles destinés à améliorer la gouvernance, comme l’holacratie ou la démocratie liquide.

Manipulation des marchés et influence des initiés

Une critique courante de la futarchie concerne le risque de manipulation des marchés par des personnes fortunées ou des initiés exerçant une influence disproportionnée. Si le Dr Hanson réfute cette idée avec le scénario de Bill Gates mentionné précédemment, qu’en est-il dans la pratique ? Proph3t, fondateur de la Meta-DAO, devrait normalement exercer une influence considérable sur le projet qu’il a créé. Pourtant, ce n’est pas le cas. La proposition 3 visait à créer un marché spot pour les tokens META, afin de permettre au grand public d’accéder au token et d’amorcer la liquidité. Proph3t n’était pas opposé à l’idée générale. Cependant, il souhaitait que la proposition échoue, car il estimait qu’elle n’apporterait qu’un bénéfice de 5 à 15 % à la Meta-DAO et que le marché évaluait son impact potentiel à plus du double du prix actuel. Malgré son statut d’« initié », son soutien au rejet de la proposition 3 n’a pas influencé le marché.

De même, Ben Hawkins a créé la proposition 6, demandant de frapper 1 500 META contre 50 000 USDC, au prix de 33,33 USDC par META. Ben n’avait pas participé à la première levée de fonds de la Meta-DAO et avait élaboré une proposition qu’il savait « épicée », puisque la valorisation de META sur le marché spot se situait alors entre 55 et 60 $. Il a engagé plus de 250 000 $ pour faire monter le marché conditionnel à l’adoption. Malgré son influence et sa richesse, la proposition a finalement échoué. Lors d’une deuxième tentative, Ben a essayé d’acquérir 500 META avec la proposition 8. Mais sa proposition a elle aussi échoué.

Pantera Capital, gestionnaire de cryptoactifs doté de 4 milliards de dollars, a proposé d’acheter 50 000 $ de META à 100 USDC par META comme « une occasion de tester le potentiel de la futarchie comme système amélioré de gouvernance décentralisée ». Pourtant, la proposition a finalement échoué.

Ces exemples soulignent un enseignement essentiel de l’application de la futarchie par la Meta-DAO : il est difficile de manipuler les marchés lorsque l’intelligence collective et la puissance spéculative de la communauté s’opposent à de telles tentatives. L’utilisation de TWAP et de tokens conditionnels par la Meta-DAO contribue à garantir que les décisions reposent sur un consensus de marché stable et représentatif. Ces exemples témoignent ainsi du ferme attachement de la Meta-DAO au principe selon lequel le mérite d’une proposition, évalué par l’intelligence collective du marché, l’emporte sur l’influence individuelle.

Répondre au manque de liquidité des marchés et à la volatilité

La nature des marchés prédictifs de la Meta-DAO atténue les préoccupations concernant l’incidence des marchés peu liquides sur les décisions politiques. Les marchés qui influencent des politiques importantes attirent l’intérêt et les participants, ce qui étoffe progressivement les carnets d’ordres grâce à l’augmentation des transactions spéculatives. Comme l’a montré la section précédente, cette dynamique garantit que les marchés restent résistants à la manipulation.

Par ailleurs, Durden a proposé d’accroître la liquidité de META au moyen d’une enchère hollandaise. Compte tenu du faible volume et de la forte volatilité actuels de META, il estime qu’il existe peu d’incitations à fournir des liquidités. La solution proposée consiste à organiser pour la prochaine proposition une enchère qui commence à un prix élevé, lequel diminue avec le temps. L’objectif est d’accroître considérablement les liquidités détenues par le protocole de la Meta-DAO, tout en déplaçant les liquidités existantes vers un niveau de frais plus efficace afin de répondre aux plaintes et préoccupations récentes concernant la liquidité de META. Seul l’avenir dira ce qu’il en adviendra, car la proposition est toujours en cours. Toutefois, la situation semble actuellement prometteuse pour le marché conditionnel à l’adoption.

Limites actuelles

Malgré ces avantages, la Meta-DAO n’est pas parfaite. Pour corriger ses imperfections, elle doit apporter une réponse technique et stratégique, mais aussi renforcer l’engagement et la participation de la communauté.

Sentiment et comportement du marché

Un phénomène observé est la tendance des marchés dont l’échec est anticipé à devenir nihilistes et bruyants, en raison d’une combinaison d’apathie rationnelle, d’aléa moral et d’aversion aux pertes. Les participants à ces marchés anticipent une perte et peuvent adopter des comportements qui altèrent la qualité des signaux du marché. Ce bruit peut nuire à l’objectif de la Meta-DAO, qui consiste à exploiter l’intelligence collective des marchés dans la prise de décision. Cela souligne la nécessité de futurs mécanismes capables de préserver l’intégrité du marché même face à une défaite probable.

TWAP

La dépendance excessive aux TWAP pour déterminer l’issue des marchés constitue un autre axe d’amélioration. Bien qu’un TWAP atténue efficacement les manipulations de prix à court terme, il ne reflète pas nécessairement toutes les nuances du sentiment du marché ni l’impact immédiat de nouvelles informations. L’exploration d’alternatives au TWAP pourrait fournir des signaux de marché plus réactifs et plus précis, qui refléteraient la nature dynamique de la structure décisionnelle de la Meta-DAO.

Manque d’incitations pour les propositions adoptées

Une limite notable réside dans l’absence d’incitations directes pour les personnes dont les propositions sont adoptées. Cette lacune pourrait freiner l’enthousiasme des contributeurs, puisque les proposants ne reçoivent aucune récompense tangible pour leurs efforts, sauf s’ils demandent un budget qui leur revient sous une forme ou une autre. Il est essentiel de remédier à cette lacune en introduisant des incitations pour les propositions adoptées. Cela encouragerait une participation plus active et réfléchie, tout en garantissant le dynamisme et l’innovation durables que la Meta-DAO cherche à favoriser. La mise en place d’un système de récompense ou de reconnaissance pourrait considérablement améliorer la qualité des propositions en alignant les motivations individuelles sur l’intérêt collectif de la DAO.

Mise en œuvre de mesures contre le frontrunning

La Meta-DAO oblige actuellement le proposant à brûler un certain nombre de Lamports comme mesure antispam. Cependant, des contrôles doivent être mis en place pour vérifier si le nombre de Lamports réellement brûlés est supérieur au nombre attendu. La mise en œuvre de telles mesures peut contribuer à renforcer l’équité et l’intégrité du processus décisionnel de la DAO.

Reconnaître ces limites met en évidence l’importance de l’implication de la communauté pour affiner et faire progresser le modèle de gouvernance de la Meta-DAO : il est conçu par des futards, pour des futards. Chaque futard peut contribuer à l’évolution de la DAO, que ce soit en proposant des améliorations, en participant aux discussions ou en négociant sur les marchés conditionnels.

Alors que nous cherchons à atténuer ces limites, la participation active de chaque membre devient cruciale. Participer à la Meta-DAO joue un rôle déterminant dans la création d’une DAO plus robuste, inclusive et efficace. Alors, comment pouvez-vous participer ?

Comment participer à la Meta-DAO

Rejoignez le Discord

Le cœur de la Meta-DAO bat dans son Discord. C’est là que les futards annoncent les nouveautés, rédigent des propositions et participent à des discussions animées. Si vous souhaitez vraiment participer à la Meta-DAO, rejoignez le Discord. Vous y trouverez une communauté de futards prête à vous accueillir et à échanger sur de nouvelles perspectives et idées. Les connaissances acquises et les liens noués avec d’autres futards seront inestimables.

Contribuez

La Meta-DAO est une entité vivante, en constante évolution. Sa croissance repose sur les contributions de ses membres. 

Devenez cyber-agent : explorez le code source de la Meta-DAO, repérez les aspects à améliorer et soumettez une pull request. Si vous n’êtes pas développeur, pas d’inquiétude : vous n’avez pas besoin de contribuer au code. Vous pouvez plutôt publier un thread Twitter informatif, proposer des idées d’UX/UI intéressantes, assurer le marketing d’un projet spécifique, etc. La Meta-DAO est incitée à vous rémunérer pour vos efforts, quels qu’ils soient, dès lors qu’ils apportent de la valeur à la DAO.

Créez une proposition

Tout le monde peut soumettre une proposition. Commencez par la rédiger dans le canal proposal-drafting du Discord de la Meta-DAO, à l’aide de l’un des modèles suivants :

Les propositions peuvent également être rédigées en dehors du Discord à l’aide de l’un des modèles ci-dessus : il n’est pas obligatoire de les préparer dans le Discord. Il est toutefois utile de recueillir l’avis de vos collègues futards et de susciter leur intérêt. Rendez-vous ensuite sur https://app.themetadao.org/ et créez la proposition en suivant chacune des étapes indiquées dans l’interface :

Négociez sur les marchés conditionnels

La participation aux marchés conditionnels est cruciale pour le succès de la Meta-DAO. Vos transactions reflètent vos convictions quant à l’impact potentiel des propositions sur l’avenir de la DAO et influencent directement les initiatives qui seront financées et poursuivies. Ce mécanisme exploite l’intelligence collective du marché en regroupant des opinions et des analyses variées pour en faire des décisions de gouvernance concrètes. Voici comment participer à ce processus et quels éléments prendre en compte lors de vos transactions :

Obtenez des META

Voici l’ancien token : METADDFL6wWMWEoKTFJwcThTbUmtarRJZjRpzUvkxhr

Le nouveau token $META est : METAwkXcqyXKy1AtsSgJ8JiUHwGCafnZL38n3vYmeta

Vérifiez et achetez des META sur Orb.

Commencez à négocier

Pour négocier sur les marchés conditionnels, rendez-vous sur https://app.themetadao.org/. Cliquez sur la proposition la plus récente (par exemple, la Proposition 10). Vous accéderez alors à la page suivante :

Créez des tokens conditionnels via la fenêtre modale de gauche (vous devrez disposer d’un solde de META ou d’USDC, selon votre sélection) :

Dans la capture d’écran ci-dessus, nous créons 100 pMETA (pour négocier sur le marché conditionnel à l’adoption) et 100 fMETA (pour négocier sur le marché conditionnel au rejet). Utilisez ces tokens conditionnels pour négocier sur les marchés d’adoption et de rejet, selon vos convictions concernant la proposition en question :

OpenBook utilise un mécanisme de crank pour ses comptes d’ordres afin de garantir leur actualisation. Le cranking consiste à traiter les événements pour refléter l’état le plus récent des ordres, ce qui est essentiel pour préserver la précision et l’efficacité du marché :  

Une fois la période de négociation terminée, tous les ordres restants peuvent être clôturés et les tokens récupérés à l’aide de la fenêtre modale de gauche :

Éléments à prendre en compte lors des transactions

Évaluez la valeur de la proposition. En tant que trader, votre rôle principal consiste à déterminer si une proposition donnée apportera de la valeur à la Meta-DAO. Cette évaluation se reflète dans les fluctuations du prix de META. Demandez-vous : quel est l’impact potentiel de la proposition sur les buts et objectifs de la DAO ? Dans quelle mesure correspond-il à votre conception de la création de valeur au sein de l’écosystème ?

Évaluez le prix du marché. Analysez si le prix actuel de META reflète fidèlement la valeur que vous attribuez à la Meta-DAO. Si vous pensez que META est sous-évalué, en acheter peut constituer une décision stratégique. À l’inverse, si META est surévalué, vendre peut traduire votre prudence ou votre scepticisme quant à la trajectoire actuelle de la Meta-DAO. Cela vaut également pour l’évaluation des marchés conditionnels à l’adoption et au rejet au regard de l’impact potentiel de la proposition.

Évaluez votre raisonnement et vos motivations. Comprenez ce qui vous pousse à négocier et comment cela s’inscrit dans le consensus général du marché. Êtes-vous guidé par l’analyse technique, l’évaluation fondamentale ou les tendances spéculatives ? Reconnaître la diversité des raisonnements et des stratégies parmi les participants peut vous aider à naviguer plus efficacement sur le marché.

Évaluez l’agrégation des pressions du marché. N’oubliez pas que le prix de marché de META résulte des pressions collectives à l’achat et à la vente. Votre participation contribue directement à cette dynamique et influence le prix d’équilibre. Intervenez sur le marché en connaissance de cause pour orienter la Meta-DAO vers les décisions que vous estimez les plus favorables à ses intérêts.

Évaluez vos horizons temporels. Tenez compte des implications temporelles de votre stratégie de trading. Négociez-vous en réaction immédiate aux propositions ou considérez-vous le potentiel à long terme de la Meta-DAO ? Équilibrez les transactions tactiques à court terme avec une vision stratégique à long terme afin de renforcer votre contribution à la gouvernance et à la valeur intrinsèque de la Meta-DAO.

Réflexions finales

L’ordre mondial actuel se présente comme la progression naturelle de l’histoire et le véritable aboutissement du développement humain. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, seul exemple « réel » récent d’une société capitaliste dysfonctionnelle, la version du capitalisme portée par la démocratie libérale semble être la seule voie possible. Des universitaires comme Francis Fukuyama ont affirmé que la fin de la guerre froide constituait la « fin de l’histoire » au sens hégélien, tandis que Samuel P. Huntington soutenait que l’ère des idéologies était révolue.

Cette vision du monde est considérée comme le principal mode de fonctionnement, que chacun ait conscience ou non de ses défauts et de ses externalités. Cet ordre mondial souffre d’une impuissance réflexive : les gens prennent conscience des graves lacunes de nos systèmes de gouvernance actuels. Ils adoptent néanmoins une posture décliniste, convaincus qu’il est impossible de les changer. Même les actions ou sentiments contestataires renforcent cette vision du monde en offrant une catharsis temporaire qui ne remet pas véritablement en cause nos systèmes de gouvernance actuels. 

L’examen de la désillusion politique croissante dans les pays développés, notamment aux États-Unis, montre clairement que la gouvernance traditionnelle nous fait défaut. Nos modes de gouvernance actuels sont lents, inefficaces et gangrenés par des favoris qui servent leurs propres intérêts.

Est-ce vraiment tout ? Pouvons-nous faire mieux ?

La futarchie offre une voie prometteuse pour repenser nos modes de gouvernance actuels. Elle exploite l’intelligence collective et l’efficacité des marchés prédictifs afin de simplifier la mise en œuvre de politiques concrètes ciblant des indicateurs de bien-être collectif. Ce modèle répond à l’incapacité de la démocratie à agréger les informations, à mettre efficacement en œuvre des propositions politiques, à œuvrer pour le bien-être collectif et à former des citoyens informés qui s’intéressent réellement à la gouvernance. 

Bien entendu, la futarchie n’est pas exempte de défauts. Pourtant, la Meta-DAO répond directement à ces critiques en constituant la première application de la futarchie à la gouvernance. Malgré son caractère expérimental, elle s’appuie sur une structure organisationnelle décentralisée et sur des marchés prédictifs pour créer une organisation destinée à améliorer l’écosystème Solana et à accroître la valeur intrinsèque de la DAO. 

Meta-DAO est une expérience, et une expérience convaincante. Les économistes s’accordent de plus en plus à dire que les institutions jouent un rôle majeur dans le bien-être de la société. Il est difficile de concevoir une nouvelle institution supérieure à celles qui existent. Mais si vous y parvenez, il existe une possibilité, aussi infime soit-elle, qu’elle change le monde en mieux. La futarchie fait partie de ces possibilités. La Meta-DAO pourrait jeter les bases d’une société plus coordonnée et plus prospère. Y parviendra-t-elle ? C’est aux marchés d’en décider.

Ressources complémentaires

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