
Au-delà du tech bro : repenser le culte des héros dans la crypto
Sommaire
- Introduction
- Ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas
- L’essor du bro-létariat et du maximalisme Chad dans la tech
- Briser le plafond de verre avec des mains de diamant
- Héros (dé)centralisés : le problème du culte de la personnalité dans la crypto
- Aller plus loin : la puissance des idées
- Je travaille pour vous et pour moi ; nous sommes tous leaders en parfaite harmonie
- Nous émergeons de la base
- La voie à suivre
Merci à Mert, Brady et Chase d’avoir relu les premières versions de cet article.
Introduction
La crypto regorge de figures fascinantes. De son créateur anonyme et bienveillant aux nombreux clones de Madoff, les exemples ne manquent pas. Leur personnalité est devenue sacrée : un phare à suivre aveuglément vers un nouvel avenir promis. Bien que décentralisée, la crypto tend à se centraliser autour de ces personnalités, surtout celles connues pour être à l’avant-garde de l’innovation, faire émerger des idées et inciter les autres à accélérer le développement de la crypto. Ou, plus simplement, celles qui promettent que « le cours va monter ». À première vue, ce phénomène peut être généralisé à d’autres aspects de la vie. Dans l’histoire, par exemple, des figures comme Alexandre le Grand, Winston Churchill et Napoléon sont les bastions de la grandeur : l’histoire peut être considérée comme l’aboutissement de l’action de grands personnages. La crypto ne fait pas exception. Où en serions-nous sans les contributions de Satoshi ? De Vitalik ? De Chaum ? De Finney ? Ou de Szabo ?
Il existe cette idée randienne, séduisante et profondément ancrée, selon laquelle les choses qui se font réellement dans la vie peuvent en grande partie s’expliquer par les actions de quelques figures charismatiques. Nous avons tendance à nous regrouper autour d’elles et à créer des cultes de la personnalité. Pourtant, il est rare que l’histoire, la crypto ou la nature des choses puissent être expliquées avec justesse par une seule personne, une seule théorie ou un seul culte.
Cet article explore la tension entre influence individuelle et action collective dans la construction de l’innovation. Si les figures charismatiques servent souvent de catalyseurs et de symboles du changement, le véritable progrès et l’innovation naissent d’une interaction complexe entre des leaders visionnaires et les mouvements sociaux plus larges qu’ils inspirent et qui, en retour, les façonnent. La crypto a un problème de culte de la personnalité, et cet article tente de changer le récit.
Ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas
Il existe une idée randienne profondément ancrée selon laquelle tout le monde peut être classé dans deux groupes : ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas. Dans la vie, il est facile d’attribuer le progrès au travail de quelques personnes. C’est Steve Jobs qui a lancé l’iPhone. Satoshi Nakomoto a lancé Bitcoin. Alan Turing a déchiffré le code d’Enigma. Cette vision simpliste du progrès présente des réalités incontestables sans la précision ni les nuances entourant la manière dont ce progrès s’est réellement produit. Bien sûr, Jobs n’était pas la seule personne à avoir travaillé sur l’iPhone. Satoshi s’est appuyé sur les travaux de géants de la cryptographie. Alan Turing était l’un des nombreux cryptanalystes brillants, et l’un des nombreux leaders à ce titre, de la Hut 8.
Cette approche simpliste du progrès n’a rien de nouveau. La théorie du grand homme est une approche de l’étude de l’histoire proposée par l’essayiste, historien et philosophe écossais Thomas Carlyle. Selon lui, l’histoire peut largement s’expliquer par l’influence de grands hommes. Ces hommes sont des individus uniques et extrêmement influents qui exercent un effet historique décisif grâce à leurs aptitudes naturelles. Ils possédaient des qualités de leadership extraordinaires, un courage héroïque, une intelligence supérieure ou une inspiration divine qui leur ont permis d’inscrire leur nom dans les annales du temps.
Par exemple, Guillaume le Conquérant a fondé le puissant royaume anglo-normand, qui a profondément transformé la politique, l’administration et la société des îles Britanniques. Sans son règne, le français normand ne serait pas devenu la langue de la cour, du gouvernement et de la classe supérieure, ce qui a fondamentalement changé la langue anglaise et la façon dont vous auriez lu cet article. Son règne a introduit en Angleterre le féodalisme, les noms de famille, le système seigneurial, les châteaux, l’aristocratie et la gouvernance centralisée. Sans lui, la civilisation occidentale serait totalement différente. Bien sûr, Guillaume le Conquérant n’est pas la seule personne à avoir exercé une influence décisive sur l’histoire. Pour n’en citer que quelques-uns : Martin Luther, Abraham Lincoln, la reine Victoria, Attila le Hun, Mahatma Gandhi, Ghengis Khan, Nelson Mandela, Cléopâtre et Léonard de Vinci ont tous eu une influence considérable.
Cette théorie affirme que certains individus possèdent des traits extraordinaires qui rendent leur accession au pouvoir presque inévitable. Si des qualités comme le charisme, le courage et l’intelligence ressortent, Mark Twain proposait une perspective différente. Selon lui, les leaders n’émergent pas uniquement grâce à leur propre grandeur, mais en raison d’une lâcheté morale généralisée. Twain y voit le trait dominant de 9 999 hommes sur 10 000 : aucune révolte contre l’infamie publique ou l’oppression dans l’histoire du monde n’a jamais été lancée autrement que par un homme audacieux, tandis que les autres attendent timidement avant de se joindre au mouvement à contrecœur.
Cette dynamique est peut-être illustrée de façon encore plus frappante dans l’analyse que fait Ian Kershaw de la grandeur « négative » d’Hitler. Dans Hitler, 1889-1936 : Hubris, Kershaw remet en question la théorie du grand homme en affirmant qu’Hitler était une personne quelconque. Ses qualités de leader et son influence historique provenaient plutôt du regard que les autres portaient sur lui et de sa capacité à projeter une autorité charismatique, un concept que Max Weber a étudié dans ses travaux sur le leadership. Cela suggère que la « grandeur », ou, dans notre cas, le caractère historiquement décisif, n’est pas nécessairement lié à des qualités nobles intrinsèques, mais à la capacité de catalyser des mouvements de masse par une influence charismatique.
La psychologie moderne a encore fait évoluer cette compréhension du leadership charismatique en définissant le charisme par ses résultats concrets. Autrement dit, les leaders charismatiques sont efficaces. La conception dominante du leadership est ainsi passée d’une qualité innée, presque mystique, proposée par Carlyle à une qualité produisant des résultats mesurables et exerçant donc une influence décisive sur l’environnement immédiat puis, en définitive, sur l’histoire elle-même. Là encore, la distinction binaire de Rand entre « ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas » persiste dans ce raisonnement. Elle n’est peut-être nulle part plus présente aujourd’hui que dans la mythologie de la Silicon Valley, où la capacité à provoquer le changement est devenue la principale mesure du leadership.
L’essor du bro-létariat et du maximalisme Chad dans la tech
Dans la continuité de cette tradition descendante du progrès, la distinction binaire de Rand trouve son expression ultime dans la culture tech, où la capacité à « avancer vite et casser des choses » est devenue la caractéristique qui sépare ceux qui agissent du reste de l’humanité. Les leaders de la tech sont les protagonistes de la civilisation, des bâtisseurs archétypaux qui, à eux seuls, possèdent la vision et la capacité nécessaires pour remodeler la réalité que les autres ne font qu’occuper. Les leaders de la tech sont des figures singulières dont l’ambition transcende le progrès.
Une nouvelle catégorie de « grands hommes » a émergé dans la Silicon Valley. Leurs champs de bataille sont les fils Twitter et les conseils d’administration, plutôt que les véritables terrains de guerre auxquels nombre des figures de Caryle étaient habituées. Voici le tech bro : une personne qui mêle ambition assumée, machisme désinvolte et évangélisme technologique frôlant la démesure. Comme les leaders charismatiques de Weber, leur autorité ne vient pas de qualifications ou d’une expertise traditionnelles, mais de leur capacité supposée à matérialiser l’avenir par la seule force de leur volonté. Des développeurs 10x aux CEO, ils incarnent une nouvelle forme de maximalisme qui mesure la valeur uniquement à l’aune de la production et de l’impact. Le progrès ne découle pas d’une réflexion prudente ou d’un effort collectif, mais des actions audacieuses de visionnaires qui osent penser différemment. Naturellement, ces visionnaires se présentent comme des Chads.
L’ère des ringards est révolue. Le temps des Chads est venu.
Si « Chad » désignait à l’origine, en argot, un homme séduisant et sûr de lui, le terme a acquis une autre dimension dans les milieux de la tech. Il y désigne une mise en scène de la réussite masculine qui va au-delà de la création d’entreprises rentables. Les leaders de la tech d’aujourd’hui cultivent des personnalités hors norme, mêlant maîtrise technologique et idées hypermasculines.
Prenez Mark Zuckerberg, par exemple. Il incarne ce maximalisme Chad avec sa nouvelle coupe de cheveux, ses nouveaux vêtements et les vidéos qui circulent où on le voit faire du wakeboard en buvant une bière et en tenant un drapeau américain. Il y a aussi Jeff Bezos qui, ces dernières années, est passé du fondateur d’Amazon à l’allure d’intellectuel à celle d’un magnat musclé posant sur un superyacht avec sa nouvelle compagne. Nous avons également les routines de bien-être intensives de Jack Dorsey et la quête vampirique d’immortalité de Bryan Johnson. Chaque tech bro a soigneusement mis en scène ses prouesses physiques et l’optimisation de son mode de vie pour devenir une expression moderne de l’archétype du grand homme.
Pourtant, l’archétype du Chad dépasse la simple apparence physique. Prenez Elon Musk, par exemple. Sans être connu pour sa beauté conventionnelle — des photos de lui torse nu sur un yacht à Mykonos ont même inspiré des mèmes —, il occupe une place de Chad au panthéon des tech bros. Il est l’innovateur anticonformiste par excellence. Ici, être un Chad consiste à incarner une forme particulière de réussite affirmée et assumée. Indéniablement, Elon a une aura : il envoie des gens sur Mars tout en figurant parmi les 20 meilleurs joueurs de Diablo, fusion parfaite entre ambition et culture geek attendue d’un tech bro.
Briser le plafond de verre avec des mains de diamant
Bien sûr, le maximalisme Chad a son pendant féminin dans la mythologie tech de la girl boss. Ce néologisme désigne une personne « dont la réussite se définit par opposition au monde masculin des affaires dans lequel elle nage à contre-courant. » Si l’archétype de la girl boss est né avec des figures comme Paris Hilton, Sarah Michelle Gellar et Gwyneth Paltrow, il a pris une importance particulière dans la tech. La girl boss doit y être suffisamment disruptive pour être prise au sérieux par ses homologues bros, tout en conservant une image parfaite pour Instagram prouvant qu’elle peut « tout avoir ».
Il en résulte une nouvelle mise en scène soigneusement orchestrée de l’émancipation, qui réduit la complexité de l’innovation et du leadership à une forme de personal branding. Dans la crypto, les dirigeantes font souvent l’objet d’un examen plus poussé de leurs compétences techniques, tout en étant censées incarner un type particulier de leadership féminin. Prenez des figures influentes comme Katie Haun, ancienne procureure fédérale devenue une investisseuse en capital-risque de premier plan, ou Laura Shin, qui façonne continuellement le récit de la crypto grâce à son journalisme d’investigation. Des leaders comme Meltem Demirors et Christine Moy ont largement contribué à l’adoption institutionnelle. Ce sont toutes des personnalités puissantes. Pourtant, les médias ont tendance à se concentrer sur leur capacité à s’imposer dans un milieu masculin plutôt que sur leur travail et leurs innovations réels.
L’imitation délibérée de Steve Jobs par Elizabeth Holmes, de ses cols roulés noirs à sa voix artificiellement rendue plus grave, représente l’expression la plus extrême de ce phénomène. Holmes met en évidence la pression poussant à adopter des traits de leadership traditionnellement masculins tout en conservant un pouvoir de séduction féminin. Sa personnalité fondée sur le principe « faites semblant jusqu’à réussir » révèle une pression plus vaste exercée sur les femmes de la tech, qui doivent constamment mettre en scène leurs compétences techniques et leur authenticité féminine. Même lorsqu’elles réussissent, ces girl bosses doivent évoluer dans un environnement complexe où leurs réseaux sociaux sont scrutés différemment de ceux de leurs homologues Chads : elles doivent façonner soigneusement leur image afin d’équilibrer accessibilité et autorité. L’innovation et le leadership passent après le maintien des apparences publiques.
Malgré ses connotations manifestement sexistes et élitistes, cette fusion du Chad et de la girl boss dans le panthéon du maximalisme tech bro révèle une vérité plus large : que l’on adhère aux archétypes ouvertement masculins ou féminins promus dans la tech, cette obsession pour les récits héroïques individuels continue d’éclipser la nature collaborative du progrès. Aussi impressionnants soient-ils, ces individus alimentent, par le mythe du visionnaire solitaire, un récit dangereux selon lequel le progrès résulterait uniquement du génie individuel plutôt que de l’effort collectif. Cela engendre d’intenses cultes de la personnalité.
Héros (dé)centralisés : le problème du culte de la personnalité dans la crypto
La conviction que le progrès résulte du génie individuel plutôt que de l’effort collectif engendre de puissants cultes de la personnalité. Ces cultes, issus d’efforts systématiques visant à créer des images idéalisées et héroïques des leaders par une adulation totale, ont pris racine dans la culture tech. Nous voyons des personnalités hors norme annoncer un changement réel et, que nous souhaitions vivre par procuration à travers elles ou imiter leur mode de vie dans l’espoir d’améliorer le nôtre, nous les érigeons en idoles.
Cette déification a pris de nouvelles formes. Les tweets sont considérés comme parole d’évangile. Les annonces de produits sont des révélations divines diffusées en ligne avec une ferveur évangélisatrice. Cette dynamique est amplifiée par le sentiment techno-utopiste dominant, selon lequel tout obstacle rencontré par ces leaders visionnaires freine le progrès lui-même. Les titans de la tech font avancer les choses pour tous les autres, et toute tentative visant à ralentir leurs projets constitue un obstacle aux opportunités. Des premiers cypherpunks des années 1980, qui défendaient des identités intraçables pour échapper aux ingérences gouvernementales, au manifeste de Marc Andreessen en faveur du progrès, Il est temps de construire, qui dénonce l’inefficacité bureaucratique, le récit reste le même : l’innovateur Chad doit pouvoir agir sans entrave pour provoquer un véritable changement et faire avancer le vrai progrès. Ce sentiment favorable à une innovation sans limites ne fait que renforcer les cultes de la personnalité.
Bien qu’il ne soit pas nouveau — historiquement, les cultes de la personnalité se formaient par l’intermédiaire des médias de masse, de la propagande, du spectacle et de manifestations organisées par l’État —, Internet a considérablement amplifié ce phénomène. Les plateformes sociales et les chaînes d’information en continu permettent la propagation rapide de personnalités soigneusement façonnées. Les cultes modernes de la personnalité sont des récits laïques véhiculés par les médias de masse, généralement centrés sur les hommes, qui ciblent toute personne populaire en ligne.
Bien sûr, lorsque l’on prend le groupe de personnes le plus perpétuellement connecté, positionné à l’avant-garde du progrès, cette dynamique atteint des niveaux sans précédent. Elle n’est nulle part plus évidente que dans la crypto. Alors que les blockchains promettent un avenir décentralisé, l’écosystème s’est paradoxalement recentré de plus en plus autour de quelques figures charismatiques. Nous avons soutenu trop rapidement les innombrables personnalités hors norme devenues célèbres sur les réseaux sociaux. Les CEX qui se sont effondrés en 2022 avaient tous à leur tête un jeune dirigeant effronté dont l’influence démesurée ne provenait ni de son intelligence ni de son talent économique, mais de sa personnalité en ligne. Do Kwon était un troll notoire ; avant l’effondrement de Terra, il avait tristement publié plusieurs tweets arrogants. Su Zhu possède un répertoire de tweets légendaires datant du marché haussier de 2021 qui ont très mal vieilli depuis la faillite de 3AC.
Sam Bankman-Fried (SBF) a peut-être été l’incarnation la plus emblématique du problème de culte de la personnalité dans la crypto : un jeune prodige ébouriffé mais brillant qui avait soigneusement façonné une personnalité destinée à gagner la confiance des institutions. SBF s’était délibérément construit une image de figure de proue d’un segment fiable et respectueux de la loi de la crypto, axé sur la protection des investisseurs et des clients, ainsi que sur les bénéfices. La réalité était pourtant tout autre. En tant que dirigeant de fait d’Alameda Research Ltd et de FTX, SBF bafouait régulièrement la protection des investisseurs en prenant plusieurs paris très risqués avec les fonds de ses clients. Il a sollicité le soutien de célébrités — désolé, Tom Brady — afin de renforcer l’image de FTX comme plateforme d’échange sûre et fiable. Mais nous savons tous, bien sûr, comment cela s’est terminé.
Alex Mashinsky, fondateur de Celsius Network LLC, est lui aussi un cas marquant. Présenté comme un prêteur crypto et une « banque », Celsius accordait des prêts entièrement garantis, qui constituaient donc des paris sûrs. Toutefois, à l’insu de ses déposants, l’entreprise a également accordé plusieurs prêts sous-garantis et pris des positions risquées sur d’autres projets crypto ainsi que des paris directionnels. Entre les accords commerciaux douteux conclus avec Almeda et le fait que Celsius n’a jamais réellement brûlé les tokens invendus de son ICO, l’entreprise s’est effondrée. Pendant tout ce temps, Mashinsky est resté une personnalité publique organisant divers AMA. Même alors que Celsius s’effondrait, Mashinsky répondait encore sur Twitter à ses détracteurs. Le 11 juin 2022, en réaction à des rumeurs selon lesquelles Celsius limitait les retraits, il a demandé, dans un tweet devenu célèbre, si quelqu’un connaissait une seule personne ayant rencontré un problème pour retirer ses fonds de Celsius. Le lendemain, Celsius a « suspendu » les retraits des investisseurs.
Même après que Celsius a déclaré faillite, Mashinsky s’est empressé de reprendre Twitter pour combattre les « fausses » accusations visant Celsius. De même, SBF a continué à s’exprimer publiquement après l’effondrement de FTX, en avançant des excuses et des justifications pour le moins intéressantes. Tous deux ont utilisé leur personnalité pour se présenter comme des victimes plutôt que comme des responsables. Ils n’étaient que des hommes d’affaires bien intentionnés poursuivis par des ennemis, lesquels étaient la véritable cause de leur malheur. La ruée publique provoquée par Binance contre FTX a entraîné son effondrement, et certainement pas les déclarations frauduleuses et l’imprudence criminelle de son bienveillant CEO. Les vendeurs et les shorteurs de CEL ont entraîné l’actif dans une spirale mortelle. Dans les deux cas, il est frappant de constater que le crime économique est rationalisé comme un simple emprunt d’argent sans intention de le voler. « Je ne suis pas un criminel, se lamentaient-ils, je voulais seulement l’emprunter ! »
Ce sentiment pose problème car, à l’échelle organisationnelle, il signale la normalisation de la déviance au sein de l’organisation. La situation rappelle celle des délits d’initiés à Wall Street dans les années 1980, lorsqu’une atmosphère permissive avait entraîné un relâchement de la prudence. La crypto ne fait pas exception, puisque la plupart des juridictions ne disposent pas de cadres réglementaires adaptés. L’absence de réglementation efficace suggère aux employés que les actions en apparence illégales qu’on leur ordonne d’accomplir au nom de la décentralisation sont tolérées par les personnes au pouvoir. L’idée est que le CEO tech bro, fort de sa sagesse infinie et de ses relations haut placées, sait maximiser les opportunités de profit tout en naviguant dans les zones grises de la légalité.
Ces cultes de la personnalité élèvent les tech bros au rang de quasi-célébrités et leur attribuent des compétences supérieures à celles du marché ainsi que la capacité à produire des résultats positifs. FTX n’avait aucun conseil d’administration, mais pourquoi en aurait-il fallu un quand l’entreprise avait SBF comme dirigeant bienveillant ? Comme Kilby le cite dans Maîtriser la fraude dans le Far West de la crypto, « FTX est le mariage de plusieurs mécanismes de fraude à l’ère des Kardashian. » Les investisseurs sont tellement captivés par les personnalités spectaculaires, les paillettes et le glamour ; pourquoi auraient-ils besoin de faire preuve de diligence raisonnable ?
La crypto est une sphère socioéconomique à l’avant-garde du progrès, qui évolue bien au-delà de ce que les régulateurs peuvent surveiller. Elle incarne dans sa forme la plus pure le mantra consistant à avancer vite et casser des choses. Lorsque tout votre entourage vous dit : « Oui, c’est une excellente idée ! » et croit sans réserve en vos capacités, votre quotidien échappe à tout contrôle. Vous devenez vous-même le système de contre-pouvoirs. Et lorsque vous commencez à croire tout ce qui se dit sur vous, un raisonnement circulaire s’installe : votre décision est nécessairement la bonne parce que c’est votre décision, et que vous êtes une personne qui prend de bonnes décisions. Personne n’est parfait. Le problème n’est pas de prendre une mauvaise décision, mais de n’avoir personne pour rectifier la trajectoire.
Le culte de la personnalité de l’industrie tech est nuisible, car la déification des leaders a de véritables conséquences. Nous multiplions les personnalités hors norme, aggravant ainsi l’obsession des médias pour les célébrités. À notre tour, nous devenons fascinés de manière obsessionnelle par des tech bros ayant acquis un statut quasi divin. Nous croyons que les personnes qui réussissent possèdent une forme de pouvoir et d’autorité qui impose le respect. Et qu’en les suivant, nous nous engagerons sur la bonne voie. Nous avons besoin de quelque chose qui nous aide à déterminer notre place dans ce monde. Naturellement, ceux qui semblent en première ligne pour changer les choses au bénéfice de l’humanité deviennent des guides dans notre monde laïque.
Cette dynamique est dangereuse dans la crypto : les enjeux dépassent la simple innovation technologique et touchent aux moyens de subsistance de chacun. La promesse de décentralisation a conduit à concentrer le pouvoir entre les mains de quelques-uns. Des leaders charismatiques peuvent déplacer les marchés avec leurs tweets, lancer des projets du jour au lendemain et anéantir les économies d’une vie en appuyant sur une seule touche. Le paradoxe est saisissant : la technologie conçue pour supprimer les intermédiaires a créé une nouvelle classe d’oracles de confiance.
La solution réside peut-être dans un retour à la promesse originelle de la crypto : des systèmes sans confiance et une gouvernance collective. Bitcoin a remarquablement bien résisté au problème du culte de la personnalité dans la crypto. Bien sûr, la disparition inattendue de Satoshi, les spéculations sur son éventuel retour et la transformation de Roger Keith Ver en « Jésus du Bitcoin » présentent des connotations religieuses explicites. Et le fait que la crypto affiche les signes classiques d’un culte — l’apocalyptisme, la promesse d’une utopie pour les croyants, la condamnation virulente des initiés hérétiques (par exemple, plus récemment, Max Resnick quittant la Terre p(l)ate pour le monde parfaitement rond de Solana), le rejet des critiques extérieures — nuit à ce raisonnement. Pourtant, Bitcoin n’a pas de « leader » clairement identifié. Il en résulte un écosystème robuste, décentralisé et méritocratique. Certes, il a connu des difficultés de croissance, mais la vision de Bitcoin s’est réalisée sans figure officielle à sa tête. Nous disposons d’un système qui fonctionne non parce que nous faisons confiance à ses responsables, mais parce que nous n’avons pas besoin de leur faire confiance.
Le succès relatif de Bitcoin sans figure centrale révèle quelque chose de plus fondamental : la puissance des idées par rapport aux individus. Si l’histoire du progrès est étroitement liée à des archétypes qui donnent naissance à des cultes de la personnalité, les projets crypto les plus durables reposent sur des idées puissantes qui transcendent leurs créateurs. Les concepts fondamentaux qui animent la crypto — décentralisation, absence de confiance, transparence et souveraineté individuelle — se sont révélés plus résilients qu’un leader unique.
Aller plus loin : la puissance des idées
V pour Vendetta (2005) est l’un de mes films préférés. C’est un film d’action politique dystopique qui suit V, un anarchiste et combattant de la liberté masqué, sous un régime britannique fasciste et totalitaire (non, pas vous, Lizz Truss). L’un des thèmes centraux explorés par Alan Moore est la capacité des idées à survivre à leurs créateurs. « Derrière ce masque, il y a plus que de la chair. Sous ce masque, il y a une idée, M. Creedy, et les idées sont à l’épreuve des balles. » Cela fournit un cadre solide pour réimaginer l’avenir de la crypto : elle peut perdurer indépendamment de toute figure individuelle.
Ce n’est pas seulement théorique. Voyez comment le développement open source et la gouvernance décentralisée ont créé des systèmes résilients qui ne dépendent pas de leaders charismatiques. Prenez Ethereum, par exemple. Vitalik est apprécié pour ses contributions, mais sa parole n’est pas parole d’évangile. Ethereum a dépassé sa vision initiale, porté par des communautés plutôt que par un seul individu. Bien sûr, la communauté écoute lorsque Vitalik parle, mais elle ne le suit pas aveuglément. Ethereum est connu pour débattre des idées et les mettre à l’épreuve. Ces idées sont évaluées selon leur mérite, et non leur origine. Ethereum n’est toutefois pas parfait, avec sa cabale de podcasteurs et ses sentiments hostiles envers certaines communautés. Mais réduit à sa véritable essence, dans sa forme la plus pure, il reste un système décentralisé fondé sur des idées.
V pour Vendetta nous met également en garde contre le pouvoir corrupteur des idées. Les idées peuvent créer leur propre perspective et leur propre contexte. Prenez par exemple *attention, spoiler* la torture d’Evey. Lorsque le spectateur croit que Creedy, c’est-à-dire le chef de la police secrète, torture Evey, une alliée de V, son emprisonnement paraît violent et cruel. Mais lorsqu’il est révélé que V en était responsable depuis le début, il est perçu comme une méthode dure mais nécessaire pour la préparer à se rebeller contre le monde cruel qu’ils habitent. Le danger tient au fait que ni l’action ni sa moralité n’ont changé, seule notre perspective a évolué. Même lorsque nous comparons le Haut Chancelier Sutler, dirigeant du régime britannique fasciste et totalitaire, et V, nous voyons deux hommes si ancrés dans leurs convictions que tout dommage collatéral devient un sacrifice raisonnable. Ils sont plus grands qu’un homme ; ils incarnent une idée, qu’il s’agisse de l’ordre et de la sécurité dans un monde destructeur ou de la libération face à la tyrannie.
Lorsqu’une idée devient le centre de l’attention, imprimée si profondément sur nos rétines que nous ne voyons plus que l’objectif final, nous justifions les moyens. Les idées ont un pouvoir incroyable et nous poussent à agir ; elles engendrent toujours l’action. Le manifeste d’un cypherpunk n’a pas seulement formulé un ensemble de principes : il a inspiré toute une génération de bâtisseurs à créer des outils en faveur de la confidentialité et de la liberté. Le livre blanc de Satoshi n’était pas purement théorique : il a fourni un plan autour duquel les gens pouvaient se rassembler afin de mettre en œuvre et d’améliorer sa vision initiale.
Le problème de la crypto n’est pas le manque d’idées, mais la difficulté à les faire grandir sans retomber dans le piège des cultes de la personnalité. Nous devons commencer à réimaginer le leadership lui-même. Au lieu de chercher le prochain messie, nous avons besoin de structures fluides qui adoptent les principes fondateurs de la crypto. L’avenir de la crypto ne repose pas sur l’absence de leaders, mais sur leur abondance.
Je travaille pour vous et pour moi ; nous sommes tous leaders en parfaite harmonie
La décentralisation ne signifie pas l’absence de leaders, mais leur abondance.
Nous considérons souvent la décentralisation comme une fragmentation : les tâches et la prise de décision sont dispersées et déconnectées entre les peuples, les lieux et les blockchains. La véritable décentralisation implique pourtant un cadre cohérent dans lequel autonomie et collaboration se rencontrent harmonieusement. Lorsqu’elle est correctement mise en œuvre, elle peut réduire les facteurs de fragmentation et accélérer les décisions.
Le monde de l’entreprise commence à le comprendre. Les boomers abandonnent les structures opérationnelles figées au profit de modèles plus agiles et axés sur la technologie — encore un sprint, mon frère, je te promets que ça en vaut la peine. Par exemple, e& est un groupe mondial de technologie et d’investissement présent dans 32 pays, avec 5 branches distinctes et de nombreuses filiales. Une gestion hiérarchique traditionnelle s’effondrerait sous le poids de la coordination entre plusieurs pays, cultures et fuseaux horaires. L’adoption d’une prise de décision et d’opérations numérisées et décentralisées lui a au contraire permis de se développer. Chaque branche conserve son autonomie tout en contribuant à l’ensemble : un microcosme du fonctionnement du leadership décentralisé à grande échelle.
Cette évolution dépasse les structures d’entreprise et concerne notre conception même du travail. Les entreprises adoptent des modèles de recrutement décentralisés afin de créer des sociétés technologiques davantage axées sur la croissance. Il ne s’agit pas de cette absurdité du recrutement fractionné où les cadres supérieurs travaillent à temps partiel, mais d’une réinvention fondamentale de la collaboration entre équipes. Ce modèle vise à aplanir les hiérarchies et à instaurer entre leaders et équipes un sentiment d’interdépendance plus profond, plutôt qu’un rapport d’autorité. Au cours des cinq prochaines années, 52 % de la population active adulte américaine travaillera ou aura déjà travaillé comme prestataire indépendant. Par ailleurs, 63 % des cadres déclarent qu’ils deviendraient prestataires indépendants s’ils en avaient l’occasion. Il faut vivre avec son temps, papy. Nous entrons dans un nouveau paradigme du leadership : flexible, non géocentré, pensé d’abord pour le travail à distance, prêt à abandonner le contrôle et à mettre les idées créatives au premier plan. La décentralisation engendre une culture de la prise de décision. Pourquoi attendre dix jours ouvrés, avec un peu de chance, que le supérieur du supérieur de votre supérieur donne son avis sur une décision qui aurait déjà pu être prise ?
La décentralisation ne signifie toutefois pas la mort de la centralisation. Nous ne pouvons pas éliminer toutes les formes de coordination centrale et espérer réussir. Nous avons toujours besoin d’alignement : des orientations claires, une stratégie globale et des plateformes de collaboration. C’est pourquoi la décentralisation est présentée comme une abondance de leaders. Nous avons besoin d’une pluralité de leaders qui défendent les idéaux de la crypto auxquels nous sommes tous attachés, chacun avec sa spécialité et sa contribution à l’ensemble. L’essentiel est de trouver le bon équilibre sans accorder trop de pouvoir à une seule personne, aussi cool soit-elle sur Twitter.
Cet équilibre est plus facile à atteindre lorsque les projets grandissent naturellement par le peuple, pour le peuple. Uniswap a commencé comme un simple teneur de marché automatisé avant de devenir, grâce à une participation populaire, un protocole piloté par sa communauté. Sur Solana, nous avons sans doute la forme la plus pure de leadership décentralisé avec MetaDAO, un collectif d’intellectuels et de libres penseurs qui cherche à réformer la coordination tout en étant gouverné par les marchés. Nous pouvons également nous tourner vers MonkeDAO et son approche inclusive et émancipatrice de la gouvernance, devenue la norme de fait pour les DAO sur Solana. Son processus comprend une discussion rigoureuse, un examen et un vote formel, tandis que son équipe dirigeante change régulièrement afin qu’aucune personne ne puisse imposer ses décisions. MonkeDAO dispose également d’un réseau mondial d’ambassadeurs couvrant l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Au lieu d’une seule figure de proue dirigeant la communauté, il existe une idée de ce que signifie être un monke. Et les idées sont à l’épreuve des balles.
Nous n’avons plus besoin de nous fier aveuglément à une figure officielle, quasi divine, pour nous conduire vers la grandeur. Nous disposons de projets crypto durables dirigés par d’innombrables personnes qui puisent leur force dans une vision commune. Ces mouvements, c’est-à-dire ces mouvements populaires, créent des systèmes décentralisés capables de survivre à n’importe quel contributeur individuel. Et non, il ne s’agit pas d’une bouillie marketing communiste rose bonbon où tout le monde chante Kumbaya. C’est la concrétisation du rêve libertarien de l’individu souverain défendu par la crypto. Je travaille pour vous et pour moi ; nous sommes tous leaders en parfaite harmonie.
Nous émergeons de la base
La force des mouvements populaires réside dans leur approche authentique et ascendante. Ces communautés tirent leur pouvoir de l’action collective et d’un objectif commun. Le leadership émerge naturellement par la contribution plutôt que par la nomination, créant des systèmes naturellement décentralisés qui résistent aux cultes de la personnalité. Superteam en est un bon exemple.
Superteam est une communauté. C’est une vision de l’avenir dans laquelle Solana est dirigé par des personnes talentueuses partageant les mêmes idées partout dans le monde. C’est une coopérative de créateurs, de développeurs, d’investisseurs et de contributeurs qui partagent un objectif commun : permettre à chacun de contribuer facilement, puis « se mettre en retrait ». Tout en reconnaissant que chaque grande entreprise ou chaque grand projet a bénéficié de l’accompagnement d’un bon leader, Superteam cherche à créer davantage de leaders capables d’apporter de la valeur au monde, en utilisant les ressources de la communauté comme tremplin pour donner vie à leurs idées. Le leadership est fluide et éphémère. Le pouvoir revient à ceux qui créent de la valeur, et l’autonomie créative de leurs projets est primordiale. Et si un désaccord survient, créez un fork de Superteam et lancez quelque chose de nouveau.
Superteam est un mouvement populaire emblématique. Il utilise l’auto-organisation pour encourager les membres à contribuer et à assumer la responsabilité de leur communauté. Sa conception fluide, plutôt que figée, du leadership est authentique ; ce n’est pas une piètre tentative d’une DAO cherchant artificiellement à attirer les projecteurs. Le pouvoir vient du peuple, de ceux qui assistent aux événements, participent aux hackathons, travaillent ensemble et prennent plaisir à construire aux côtés de leurs camarades cryptoniens.
Cela contraste fortement avec la mentalité de culte de la personnalité qui domine la crypto. Tandis que les tech bros façonnent soigneusement leur personnalité par une présence calculée sur les réseaux sociaux et des démonstrations théâtrales de leur statut de Chad, les communautés comme Superteam tirent leur légitimité d’un engagement communautaire authentique et d’un impact mesurable. L’innovation n’a pas toujours besoin d’un leader charismatique pour réussir. Certes, cela aide. Helius n’aurait pas l’impact qu’il a sans Mert. Mais Mert n’aurait pas cet impact sans l’équipe de choc composée des intellectuels qui travaillent chez Helius. La relation va dans les deux sens. Les mouvements populaires nous rappellent que les projets les plus résilients naissent de cet équilibre délicat entre initiative individuelle et sagesse collective. Un leadership fort peut coexister avec une expertise distribuée. Si un leader visible aide à formuler la vision et à mobiliser les ressources, la véritable magie opère lorsqu’il crée un espace permettant aux autres de briller.
Ces types de mouvements rendent l’équilibre naturel. Ils favorisent un environnement dans lequel la contribution compte davantage que l’influence et créent des opportunités permettant à plusieurs leaders d’émerger naturellement. Il en résulte un écosystème plus robuste, porté par la force combinée du plus grand nombre. Considérez-le comme un jardin plutôt que comme un monument. Nous n’avons pas besoin de monolithes imposants qui accaparent l’attention. Nous avons besoin d’une interaction complexe et magnifique entre différents éléments : un écosystème soigneusement équilibré composé de tournesols, d’herbes délicates, de nénuphars, d’arbres, de tulipes et de plantes grimpantes. Différentes plantes fleuriront à différentes saisons. L’hiver viendra et repartira, mais nous resterons dynamiques, réactifs et résilients. La crypto a besoin de davantage de jardiniers et de moins de bâtisseurs de monuments : des personnes qui comprennent que cultiver un écosystème importe bien plus que d’ériger un édifice à la gloire d’un individu. Oui, la reconnaissance est importante, mais pas au point de créer d’intenses cultes de la personnalité.
Ce passage à une logique d’intendance n’est pas seulement philosophique, il est aussi pratique. Personne ne peut nous sauver à lui seul. Les défis auxquels la crypto est confrontée sont trop vastes pour un seul visionnaire, quel que soit son statut de Chad ou son aura indéniable. Nous avons besoin des perspectives combinées des développeurs, économistes, philosophes, utilisateurs, investisseurs et bâtisseurs de communautés travaillant de concert. Les mouvements populaires nous offrent un terreau fertile où nous pouvons prendre racine et prospérer.
« [Q]uiconque est incapable de vivre en communauté ou n’en éprouve pas le besoin en raison de sa [propre] autosuffisance ne fait pas partie de la cité et est, par conséquent, soit une bête, soit un dieu » — Aristote, Politique, 1253a29 (ce type ne mâchait pas ses mots)
La voie à suivre
Il ne s’agit pas d’un appel à éliminer le leadership, mais à le réimaginer. Comme nous l’avons vu avec Superteam, avec l’appui de la multitude d’autres exemples culturels analysés tout au long de cet article, l’avenir doit adopter la fluidité et une approche multipolaire. C’est une alternative puissante aux archétypes traditionnels qui hantent les spectres du progrès jusqu’au tech bro moderne et aux cultes de la personnalité qui l’accompagnent. En favorisant ces approches organiques pilotées par les communautés, plutôt qu’en plaçant une confiance aveugle dans une seule personne pour résoudre tous les problèmes de la vie, nous pouvons construire quelque chose de plus durable que ce qu’un leader charismatique pourrait accomplir seul.
En fin de compte, tout repose sur ce désir humain intrinsèque d’appartenance ou, peut-être, de devenir un peu meilleurs que la veille. Nous croyons, à tort ou à raison, qu’en suivant ceux qui ont réussi, qui disposent d’une forme d’autorité ou dégagent une impression de pouvoir, nous nous engageons sur la bonne voie. Nous avons besoin de quelque chose qui nous aide à comprendre notre place dans ce monde. À mesure que les repères traditionnels comme la religion perdaient de leur importance dans la société, nous avons cherché ailleurs une orientation et du sens. Voilà pourquoi les Swifties, TMZ et votre animateur préféré de talk-show nocturne façonnent le discours populaire. Dans la tech, cela se manifeste par les fanboys d’Elon, les utilisateurs inconditionnels de Xbox et les innombrables autres guerriers tribaux des plateformes. Le sentiment d’appartenance est vraiment important. Et dans la crypto, nous amplifions ces besoins et ces désirs à des niveaux sans précédent, sans aucune boussole morale. Nous créons des cultes fervents autour de ceux qui prétendent « savoir » comment parcourir cette frontière sauvage, une frontière située à l’avant-garde du progrès, et, en définitive, comment naviguer dans le monde.
L’avenir de la crypto n’a pas besoin de nouveaux messies ni de personnalités en ligne soigneusement façonnées. Voulez-vous vraiment un autre FTX ? Nous avons besoin de davantage de jardiniers : des personnes prêtes à planter les graines, à entretenir l’écosystème et à laisser fleurir mille fleurs. Arrêtez-vous pour sentir les fleurs. Touchez de l’herbe, anon. La véritable innovation peut prospérer sans le poids étouffant du culte des héros. Et voici peut-être l’idée la plus révolutionnaire de toutes : peut-être, juste peut-être, que si nous parvenons à dépasser toute cette mythologie du tech bro, nous pourrons enfin concrétiser la promesse originelle de la crypto, celle d’une véritable décentralisation, non seulement de notre technologie, mais aussi de notre leadership.
Je crois en un avenir crypto-optimiste, gouverné par le plus grand nombre au bénéfice de tous. Je crois en l’économie de la propriété, au pouvoir intrinsèque de la souveraineté individuelle et à la force du nombre. Je crois au jardinage : travailler ouvertement, partager le code, être transparent et demander des comptes. Mes abonnés Twitter sont mes amis dans cette nouvelle aventure dynamique vers l’avenir de la coordination humaine, pas une liquidité de sortie. Remettez en question toutes les formes d’autorité et percez le voile des vendeurs d’huile de serpent. Tout le monde a le pouvoir de diriger. Le véritable progrès ne se limite pas à un individu, mais circule à travers la sagesse collective du jardin. Nous sommes tous les bâtisseurs, les leaders et les gardiens de cet écosystème. Ce que nous plantons aujourd’hui deviendra la forêt de demain. Et dans cette forêt, je ne veux voir aucun monument stupide. Je veux sentir les fleurs. Et j’espère que vous aussi, anon.
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