
Marchés de capitaux sur Internet
Sommaire
- Introduction
- Actions : la pierre angulaire des marchés de capitaux sur Internet
- Le rétrécissement du marché public
- Rester privé plus longtemps
- Obstacles à l’accès aux investissements
- Le capital dépasse le travail
- Donner vie aux ICM
- Project Open, par le Solana Policy Institute
- Opening Bell, par Superstate
- Doubles cotations sur Astana International Exchange (AIX)
- xStocks, par Backed
- Mirror Tokens, par Republic
- Gavel, par Ellipsis Labs
- Conclusion
- Ressources complémentaires
Un grand merci à 0xIchigo et Akshay pour leur relecture des versions précédentes de ce travail.
Introduction
Les marchés de capitaux sur Internet (ICM) rejoignent des slogans comme « Increase Bandwidth, Reduce Latency » (IBRL) et « Only Possible on Solana » (OPOS) au cœur de l’identité et des ambitions de Solana. Formulé pour la première fois par Akshay, CMO de Solana Foundation, dans une note marketing publiée en 2025, le terme s’est depuis rapidement imposé et est devenu un mot d’ordre pour la vision à long terme de Solana.
À mesure que le terme gagnait en popularité, la communauté des memecoins l’a adopté pour désigner une nouvelle catégorie de tokens spéculatifs. Cette adoption a contribué à le faire connaître, mais elle a également brouillé son sens initial et créé une certaine confusion sur ce qu’il recouvre.
Les marchés de capitaux sur Internet proposent une réinvention audacieuse de la finance mondiale. Un avenir dans lequel :
- Toutes les formes de valeur peuvent être représentées, détenues, échangées et utilisées comme garantie sur un registre unique, natif d’Internet.
- La formation de capital devient fluide, ce qui permet aux entreprises de lever des fonds auprès d’un vivier mondial d’investisseurs grâce à des mécanismes on-chain efficaces de découverte des prix, de gouvernance et de distribution des récompenses.
- Les opportunités d’investissement se démocratisent grâce à la propriété fractionnée, à la liquidité d’actifs auparavant inaccessibles et à un accès ouvert aux marchés à forte croissance, favorisant ainsi une économie de la propriété plus inclusive.
Deux forces essentielles animent ce mouvement :
- Réduire les obstacles à l’émission d’actifs en permettant de tokeniser tout élément de valeur grâce à des produits et à des cadres réglementaires adaptés.
- Réduire les obstacles à la détention d’actifs en permettant à toute personne disposant d’un téléphone portable d’investir et de participer librement aux marchés.
Les ICM définissent une vision de la prochaine génération de marchés de capitaux, entièrement repensés et optimisés pour la transparence, l’efficacité, l’inclusion et une liquidité mondiale partagée. Tout comme Internet a démocratisé l’accès à l’information, les blockchains démocratisent l’accès au capital. Dans ce paradigme, la participation économique n’est plus limitée par la géographie, la richesse ou des réglementations obsolètes. Toute personne disposant d’une connexion Internet et d’un wallet peut devenir investisseur, partie prenante ou propriétaire dans les mêmes conditions.
Cet avenir ouvre des possibilités d’investissement sur l’ensemble du spectre du capital financier. Des actions à l’immobilier, en passant par les matières premières et même les objets culturels, tout élément de valeur peut être tokenisé et devenir un investissement. Les ICM posent ainsi les fondations de la propriété de base universelle : un monde dans lequel chacun dispose d’une chance équitable de se constituer un patrimoine et de participer à la croissance économique.
Les détracteurs pourraient juger cette vision trop idéaliste. En pratique, l’intégration aux systèmes financiers traditionnels implique d’hériter de réglementations fragmentées, de barrières juridictionnelles et de structures de pouvoir profondément ancrées. L’influence des institutions financières historiques, des autorités réglementaires et des intérêts nationaux pourrait considérablement limiter ce qui est réalisable en pratique, voire empêcher tout progrès significatif.
Ses partisans répondent que des objectifs ambitieux sont indispensables. Si la technologie blockchain se contente de remplacer numériquement l’or, les stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires et le trading spéculatif, son impact restera très limité. La véritable opportunité consiste à bâtir un système fondamentalement meilleur : un système financier plus ouvert, accessible et inclusif. Sans cette ambition, une question se pose : pourquoi construisons-nous ?
Par ailleurs, l’évolution du paysage politique américain a ouvert la voie à une plus grande clarté réglementaire pour les actifs numériques. Sous la nouvelle administration, la SEC a abandonné la réglementation par la sanction au profit de l’élaboration d’un cadre clair, fondé sur des règles. Les prochaines années seront déterminantes pour définir les politiques fondamentales qui régiront le secteur. Le moment est venu pour la communauté blockchain de présenter une vision claire de la façon dont cette technologie peut contribuer à construire un système financier plus ouvert et plus équitable. Cette vision est celle des « marchés de capitaux sur Internet ».
Actions : la pierre angulaire des marchés de capitaux sur Internet
Les actions sont essentielles à la concrétisation de la vision des ICM. Représentant une participation dans une entreprise, elles donnent aux actionnaires droit à une part des bénéfices et des actifs, ce qui en fait l’une des formes de participation financière les plus importantes et les plus accessibles.
Début 2025, le marché mondial des actions comptait près de 48 000 sociétés cotées, pour une capitalisation boursière cumulée d’environ 124 000 milliards de dollars. Cela représente une hausse annuelle de 13 % et un taux de croissance annualisé à long terme d’environ 6 %. Les États-Unis restent en tête, avec plus de 63 000 milliards de dollars, soit plus de la moitié du total mondial.
Les actions comptent non seulement parmi les classes d’actifs les plus importantes et les plus liquides, mais aussi parmi les plus rentables. Selon la Réserve fédérale, 58 % des ménages américains, soit environ 76 millions, détiennent des actions. La valeur médiane de ces avoirs s’élève à 52 000 $, soit plus de la moitié des actifs financiers du ménage moyen.
Le transfert des actions vers des registres ouverts et tokenisés peut considérablement élargir l’accès à l’un des instruments les plus puissants de création de patrimoine à long terme, tout en contribuant à résoudre certains des problèmes systémiques devenus de plus en plus manifestes au sein de cette classe d’actifs.
Le rétrécissement du marché public
Aux États-Unis, dans l’UE et au Royaume-Uni, la plupart des entreprises restent privées. Seule une petite partie est cotée en bourse, et cette proportion diminue. Aux États-Unis, 81 % des entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 100 millions de dollars sont privées, ce qui les rend inaccessibles aux investisseurs particuliers. Cette proportion est encore plus élevée en Europe et au Royaume-Uni.
Parallèlement, de moins en moins d’entreprises choisissent de s’introduire en bourse. Selon les données de la Bourse de Londres, au 17 juin 2025, le volume mondial des introductions en bourse avait reculé de 9,3 % sur un an, à 44,3 milliards de dollars, son plus bas niveau depuis neuf ans. Aux États-Unis, l’activité a diminué de 12 %, à 12,3 milliards de dollars, tandis qu’en Europe, elle a chuté de 64 %, à seulement 5,8 milliards de dollars.
Cette tendance concentre la demande des investisseurs sur un nombre plus restreint d’actifs publics. L’offre étant limitée, les capitaux ont tendance à affluer vers les fonds indiciels passifs et un groupe restreint de méga-capitalisations à forte croissance. Les « Magnificent 7 » — Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon, Alphabet, Meta et Tesla — représentent désormais environ 33 % de la capitalisation boursière totale du S&P 500. Cette évolution reflète non seulement l’intérêt croissant des investisseurs pour les entreprises susceptibles de profiter de l’essor des logiciels d’IA, mais révèle aussi un problème structurel plus profond : la réticence grandissante des entreprises à entrer sur les marchés publics.
Rester privé plus longtemps
Les entreprises restent de plus en plus souvent privées pendant une grande partie de leur phase de croissance. Plusieurs des sociétés technologiques les plus valorisées au monde, comme Stripe, SpaceX, OpenAI et ByteDance, la maison mère de TikTok, restent privées. Certaines, comme Stripe, ont même laissé entendre qu’elles pourraient ne jamais entrer en bourse.
J’ai toujours pensé — et je ne suis pas le seul — qu’une introduction en bourse était excellente pour les entreprises. Elle améliore les performances, stimule l’ambition et profite à tout l’écosystème. Plus important encore, elle permet aux investisseurs ordinaires d’accéder plus tôt aux entreprises à forte croissance. Lorsque les introductions sont repoussées jusqu’à ce que les entreprises valent déjà des milliards, l’essentiel du potentiel de hausse a disparu. Ce n’est pas sain pour les marchés.

Historiquement, les investisseurs des marchés publics bénéficiaient bien plus tôt du potentiel de hausse des entreprises au cours de leur croissance. Amazon, par exemple, est entrée en bourse en 1997 avec une valorisation de 440 millions de dollars. En juin 2025, sa valeur atteignait environ 1 900 milliards de dollars, soit un rendement de 4 300× dont les actionnaires des marchés publics ont largement profité.
| Année | Entreprise | Valorisation | Valeur privée actuelle/dernière | Potentiel de hausse total restant pour le public |
| 1997 | Amazon | 0,44 Md$ lors de l’introduction | ~1 900 Md$ (juin 2025) | ~4 300× capté par le public |
| 2025* | Stripe | — (toujours privée) | 91,5 Md$ (offre de rachat) | 0 % à ce jour |
| 2025* | SpaceX | — | 350 Md$ (marché secondaire) | 0 % à ce jour |
| 2024 | Databricks | — | 62 Md$ (série J) | 0 % à ce jour |
*Les offres de rachat destinées aux employés apportent une certaine liquidité aux initiés, mais les investisseurs particuliers restent exclus.
Si Amazon était restée privée jusqu’à atteindre une valorisation de 90 milliards de dollars, plus de 98 % de ses gains sur l’ensemble de son existence seraient revenus aux initiés et aux investisseurs accrédités. C’est pourtant le modèle que suivent aujourd’hui de nombreuses licornes matures.
Une nouvelle catégorie d’immenses entreprises « quasi publiques » a émergé. Il y a dix ans, elles auraient toutes déjà été cotées à ce stade. Autrefois, le capital privé était trop limité pour financer ces géants. Aujourd’hui, les sociétés de capital-investissement aux ressources considérables peuvent fournir les fonds nécessaires. Les entreprises peuvent désormais passer d’un propriétaire de capital-investissement à un autre, souvent au moyen de fonds de continuation facilitant les transactions secondaires, et ainsi prolonger considérablement leur statut privé.
Le coût élevé d’une introduction en bourse accentue cet effet. Au cours de la dernière décennie, le processus est devenu plus coûteux et plus complexe. Selon les estimations de PwC, les éditeurs de logiciels dont le chiffre d’affaires annuel et le montant de l’opération se situent entre 100 et 250 millions de dollars supportent généralement des coûts d’introduction compris entre 7,6 et 29,5 millions de dollars. La majeure partie de ces dépenses correspond aux frais de placement, aux honoraires juridiques et aux frais comptables.
Obstacles à l’accès aux investissements
L’accès aux marchés privés reste limité. Aux États-Unis, seuls les investisseurs accrédités peuvent légalement participer au capital-investissement, au capital-risque et à d’autres titres non enregistrés. Pour être considéré comme investisseur accrédité, une personne doit satisfaire au moins l’un des critères suivants de la SEC :
- Avoir perçu plus de 200 000 $ par an, ou 300 000 $ avec son conjoint, au cours des deux dernières années
- Disposer d’un patrimoine net supérieur à 1 million de dollars, hors résidence principale
- Détenir des qualifications financières spécifiques, par exemple les licences Series 7, 65 ou 82
Les restrictions sont similaires dans l’UE et au Royaume-Uni. Parce qu’ils sont réputés comprendre et accepter des risques plus élevés, les investisseurs accrédités accèdent à des opportunités qui ne sont pas proposées aux investisseurs particuliers non accrédités. Pour la plupart des gens, les possibilités se limitent donc aux titres cotés, aux fonds communs de placement, à l’immobilier, aux ETF et aux crypto-actifs. Initialement conçu pour protéger les investisseurs, le système d’accréditation exclut les particuliers de la quasi-totalité des entreprises à plus forte croissance et de l’immense création de valeur qui a lieu sur les marchés privés.
En dehors de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale, l’écart d’accès est encore plus marqué. Dans de nombreux pays, les investisseurs particuliers disposent d’un accès limité à plusieurs classes d’actifs financiers que les marchés grand public occidentaux considèrent comme acquises. Environ trois quarts des huit milliards d’habitants de la planète ne disposent pas d’un compte de courtage donnant accès aux places boursières américaines. L’Inde, par exemple, qui compte environ 1,4 milliard d’habitants, ne possède que 192 millions de comptes demat, soit un taux de participation d’environ 14 %. En outre, quelque 1,4 milliard d’adultes dans le monde restent totalement non bancarisés. Dans les économies émergentes, les épargnants particuliers se tournent souvent par défaut vers des actifs tangibles, comme l’immobilier et l’or, afin de préserver leur pouvoir d’achat.
Sous cet angle, la prolifération de dispositifs spéculatifs promettant de « s’enrichir rapidement » et d’escroqueries manifestes sur les marchés crypto relève moins d’un excès d’enthousiasme des particuliers que d’une conséquence prévisible de leur exclusion structurelle. Lorsque les véritables opportunités de croissance sont protégées par des règles d’accréditation et des barrières transfrontalières, les investisseurs se précipitent vers les rares portes qui restent ouvertes.
Le capital dépasse le travail
La baisse des rendements du travail accentue cet effet. Au cours du dernier demi-siècle, le moteur de la création de richesse aux États-Unis s’est résolument déplacé vers le capital. Les marchés d’actions progressent à des taux composés à deux chiffres, les salaires peinent à suivre l’inflation, la part du travail dans le PIB s’érode et la richesse revient à ceux qui sont déjà fortunés.
Vous ne deviendrez pas riche en louant votre temps. Vous devez détenir des actions — une part d’une entreprise — pour acquérir votre liberté financière.

En janvier 1971, une part du S&P 500 se négociait autour de 95 $, tandis qu’un ouvrier de production moyen gagnait 3,55 $ de l’heure. Il fallait donc environ 27 heures de travail pour acheter une part. En décembre 2024, l’indice atteignait en moyenne 6 011 $, tandis que ce même ouvrier gagnait 30,67 $ de l’heure. Il lui fallait alors 196 heures, soit près de cinq semaines de 40 heures, pour acheter cette part. Autrement dit, le cours du S&P 500 a été multiplié par ~63 depuis 1971, tandis que le salaire horaire n’a été multiplié que par ~9, le capital progressant environ sept fois plus vite que les salaires.
Les perceptions rattrapent les statistiques et, sans surprise, la confiance du public dans le rêve américain s’est affaiblie. Seuls 27 % des adultes pensent encore que le travail acharné suffit à réussir, contre 50 % en 2010. Plus d’un tiers des Américains auraient du mal à payer une dépense imprévue de 400 $. 33 % des Américains n’ont aucune épargne-retraite.
Tout comme le capital a dépassé les salaires, le bilan fédéral progresse bien plus vite que les recettes fiscales. La dette fédérale américaine a dépassé 36 000 milliards de dollars, soit environ 120 % du PIB, et les paiements d’intérêts ont excédé 1 100 milliards de dollars en 2024, dépassant pour la première fois les dépenses de défense. Le Congressional Budget Office prévoit désormais que les intérêts nets dépasseront chaque année l’ensemble des dépenses discrétionnaires de défense à partir de 2025.
L’histoire suggère que les responsables politiques s’appuieront à nouveau sur l’inflation, plutôt que sur un défaut de paiement ou l’austérité, pour éroder cette montagne de dettes. Les prix des actifs resteront ainsi soutenus et l’écart entre salaires et capital s’élargira à chaque cycle. Si cette trajectoire se poursuit sans contrôle, elle pourrait même entraîner des troubles civils et une redistribution agressive des ressources. Le ressentiment croissant du public pourrait susciter des demandes de hausses fiscales punitives, de restrictions sur les capitaux et d’affaiblissement des protections juridiques accordées aux investisseurs.
À mesure que les inégalités de richesse se creusent, des visions opposées émergent pour réduire l’écart entre ceux qui détiennent du capital et ceux qui n’en ont pas. Le revenu universel de base (UBI) est une approche redistributive qui propose des transferts directs d’argent aux individus afin de garantir un niveau de vie minimum. Il repose sur l’idée que, dans un monde d’automatisation et d’abondance, les revenus devraient être dissociés du travail.
La propriété de base universelle (UBO) est une vision proactive qui ne repose pas sur la redistribution, mais sur l’élargissement de l’accès aux sources mêmes de création de richesse. Au lieu de se limiter à taxer et à transférer des revenus, l’UBO vise à donner à davantage de personnes une participation directe dans les systèmes et les actifs qui génèrent une prospérité à long terme. Voici quelques exemples émergents de cette approche :
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Alaska Permanent Fund Dividend : chaque année, les habitants de l’Alaska reçoivent une part des revenus pétroliers et des rendements d’investissement de l’État, soit 1 700 $ en 2024, par l’intermédiaire de l’Alaska Permanent Fund. Ce modèle montre comment les bénéfices de ressources partagées peuvent être restitués au public, en alignant les intérêts des citoyens sur la croissance économique.
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Des actions en échange du travail : des entreprises comme Uber et Airbnb ont étudié des moyens d’attribuer des actions aux chauffeurs et aux hôtes, mais des obstacles réglementaires, notamment la règle 701 de la SEC qui exclut la plupart des travailleurs indépendants, ont bloqué ces initiatives. Les premiers chauffeurs d’Uber ont contribué à créer une immense valeur, mais n’ont reçu que des salaires, sans participation au capital.
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Baby Bonds : une proposition de loi américaine créerait des comptes d’investissement à imposition différée dotés de 1 000 $ pour chaque nouveau-né entre 2025 et 2028, les familles pouvant y verser jusqu’à 5 000 $ par an. Avec des contributions régulières et des rendements composés, ces comptes pourraient dépasser 574 000 $ à 60 ans, donnant à chacun une véritable participation à la croissance du capital à long terme.
Au lieu de recevoir un revenu passif de l’État, les personnes participant à un modèle UBO bénéficient d’un accès plus large aux marchés de capitaux, aux opportunités d’investissement et aux actifs à forte croissance auparavant réservés aux institutions et aux détenteurs de capitaux.
Les marchés de capitaux sur Internet adhèrent à cette vision de la propriété de base universelle. Ils représentent un avenir dans lequel toute personne disposant d’une connexion Internet peut participer à des investissements précoces, à des actions tokenisées et à des systèmes économiques on-chain. En réduisant drastiquement les barrières à l’entrée et le nombre d’intermédiaires, les ICM cherchent à démocratiser les opportunités financières en permettant à chacun de participer équitablement à la création de richesse dès sa source.
Dans cet avenir, les entreprises entreront directement en bourse sur Internet et accéderont à un vivier mondial de plus d’un milliard d’investisseurs disposant de clés privées. Cette transition est déjà en cours, et de premières initiatives posent les fondations d’une formation de capital entièrement native d’Internet.
Donner vie aux ICM
Dans la section suivante, nous examinerons des exemples concrets de projets Solana qui font activement progresser la vision des ICM : une formation de capital efficace et un accès mondial plus équitable à la propriété d’entreprise.
- Project Open, par le Solana Policy Institute
- Opening Bell, par Superstate
- Doubles cotations sur Astana International Exchange (AIX)
- xStocks, par Backed
- Mirror Tokens, par Republic
- Gavel, par Ellipsis Labs
Project Open, par le Solana Policy Institute
Lancé en mars 2025, le Solana Policy Institute (SPI) est une organisation non partisane à but non lucratif qui sensibilise les décideurs politiques à l’avenir de l’économie numérique, en mettant particulièrement l’accent sur les réseaux décentralisés comme Solana. Dirigé par son CEO Miller Whitehouse-Levine et sa présidente Kristin Smith, le SPI mène une initiative stratégique en faveur du dialogue politique, de la clarté réglementaire et de l’adoption institutionnelle à long terme, trois piliers essentiels à la concrétisation de la vision des ICM.
En mai, le SPI a soumis Project Open à la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis, en collaboration avec Superstate, Orca et le cabinet d’avocats Lowenstein Sandler LLP. Cette proposition présente un cadre réglementaire complet permettant l’émission et la négociation conformes de titres tokenisés sur des blockchains publiques. Project Open préconise un programme pilote de 18 mois approuvé par la SEC, qui permettrait aux émetteurs enregistrés de négocier des actions sous forme de tokens numériques tout en respectant pleinement les règles existantes de protection des investisseurs et les exigences d’enregistrement de la SEC.
Des cadres réglementaires clairs sont indispensables pour concrétiser la vision des ICM. Sans mécanisme conforme permettant d’émettre et de négocier des titres tokenisés, une participation institutionnelle plus large restera hors de portée. Project Open s’attaque directement à ce problème en posant les fondations juridiques et structurelles nécessaires à la réalisation des ICM. Il représente une étape cruciale vers la légitimation des actions tokenisées émises sur des blockchains publiques et leur intégration au système financier réglementé.
Opening Bell, par Superstate
Opening Bell est une plateforme développée par Superstate qui permet aux entreprises d’émettre directement sur des blockchains des actions enregistrées auprès de la SEC, en commençant par Solana. Les actions sont enregistrées et tokenisées par l’agent de transfert de Superstate, lui-même enregistré auprès de la SEC et compatible avec la blockchain (Superstate Services LLC). Celui-ci assure le suivi de la propriété, l’émission et le rachat des actions, ainsi que la distribution des dividendes. Point essentiel, les tokens Opening Bell représentent de véritables actions, entièrement conformes et émises on-chain, sans exposition synthétique, actifs wrappés ni contournements offshore.
Grâce à l’intégration de listes d’autorisation et de contrôles d’accès, Opening Bell garantit que seuls les investisseurs éligibles et vérifiés par KYC — accrédités ou non — peuvent participer. Les investisseurs peuvent acheter et vendre les actions comme des tokens standards, avec un trading DeFi disponible 24 h/24 et 7 j/7, un règlement instantané et une découverte transparente des prix. Aucun investissement minimum n’est imposé aux investisseurs non accrédités, mais la structure tarifaire de la plateforme n’a pas encore été communiquée.
Opening Bell s’adresse aussi bien aux sociétés déjà cotées qu’aux entreprises privées matures. Les sociétés cotées accèdent à de nouvelles liquidités et à une base d’investisseurs issue de l’écosystème crypto. Dans le même temps, les entreprises privées peuvent coter leurs actions plus tôt que ne le permettraient les marchés traditionnels, avec la possibilité d’obtenir ensuite une cotation complète sur le Nasdaq ou le NYSE.
SOL Strategies ($HODL), une société canadienne cotée spécialisée dans l’infrastructure Solana, compte parmi les premières à avoir annoncé son intention de coter ses actions ordinaires sur Solana par l’intermédiaire de Superstate. L’entreprise prévoit également une cotation au Nasdaq, créant ainsi une présence sur deux marchés qui relie les marchés publics à l’écosystème des actifs numériques.
Doubles cotations sur Astana International Exchange (AIX)
En mai, Solana Foundation et l’exchange décentralisé Jupiter ont signé un protocole d’accord avec Astana International Exchange (AIX) et l’exchange crypto kazakh Intebix. Cet accord prépare un éventuel cadre de double cotation qui permettrait aux entreprises de réaliser une introduction traditionnelle sur AIX tout en émettant simultanément des actions tokenisées sur Solana. AIX, qui utilise la technologie de trading du Nasdaq, cote actuellement plus de 138 titres, dont Kazatomprom, le premier producteur mondial d’uranium.
Encore en phase exploratoire, ce partenariat illustre l’ambition plus large de Solana de devenir une plateforme mondiale de formation de capital native d’Internet. Des initiatives similaires progressent discrètement dans le monde entier, tandis que gouvernements, places boursières et institutions financières commencent à poser les bases d’une infrastructure financière tokenisée susceptible de redéfinir le fonctionnement des marchés de capitaux. Pour les entreprises cotées sur AIX, une telle collaboration offre la possibilité d’accéder à une base mondiale d’investisseurs natifs de la blockchain et pourrait rendre les levées de capitaux plus rapides, plus accessibles et plus efficaces.
xStocks, par Backed
xStocks transfère sur Solana des actions et ETF américains du monde réel sous forme de certificats de suivi tokenisés. Développé par Backed Assets (JE), une startup suisse spécialisée dans les infrastructures de tokenisation conformes, xStocks offre un accès sans autorisation et en auto-garde à certains des titres les plus recherchés au monde, sans recourir aux courtiers ou dépositaires traditionnels.
À l’heure actuelle, xStocks offre une exposition à 61 actions et ETF cotés aux États-Unis, notamment des noms connus comme Amazon, Apple, Berkshire Hathaway, McDonald’s, Visa, Walmart et l’ETF S&P 500. Chaque xStock est émis sous forme de token SPL sur Solana, utilise la norme Token2022 et est adossé à l’actif sous-jacent selon un ratio de 1:1. L’émission s’effectue dans le cadre d’un prospectus approuvé par l’UE, garantissant un niveau élevé de conformité juridique. Le projet a récemment été lancé sur Solana en partenariat avec l’exchange centralisé Kraken.
Les tokens xStocks sont librement transférables et peuvent être conservés dans n’importe quel wallet en auto-garde compatible avec Solana. Cela ouvre de nombreux cas d’usage dans la DeFi, notamment l’utilisation de xStocks comme garantie dans des protocoles de prêt, leur négociation sur des exchanges décentralisés ou leur intégration à des stratégies de rendement automatisées. L’émission et le rachat des tokens sont réservés aux acheteurs éligibles selon les règles KYC, avec des frais pouvant atteindre 0,50 % à l’entrée et à la sortie de l’investissement.
Bien que les tokens xStocks ouvrent de puissants cas d’usage dans la DeFi, ils ne correspondent ni à l’émission de nouvelles actions ni à une levée de capitaux on-chain. À l’image des stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires, chaque token est entièrement garanti off-chain par l’actif sous-jacent, les actions réelles étant conservées auprès d’un dépositaire. Le token sert de représentation transférable et auto-détenue d’actions du monde réel, offrant un point d’entrée on-chain très accessible vers les marchés traditionnels sans modifier la manière dont ces entreprises lèvent des capitaux.
Mirror Tokens, par Republic
Republic, une plateforme d’investissement basée à New York, a lancé un nouveau moyen pour les investisseurs particuliers de s’exposer à des entreprises privées de premier plan en proposant des instruments de dette tokenisés sur Solana. Son premier produit, rSpaceX, offre aux investisseurs une exposition synthétique à SpaceX, l’entreprise privée la plus valorisée au monde, dont la valorisation était estimée à 350 milliards de dollars en décembre 2024.
Le token rSpaceX est émis dans le cadre du Regulation Crowdfunding, une disposition du JOBS Act de 2012 qui autorise la vente de petites offres de titres aux investisseurs particuliers. Chaque token coûte 1,00 $, avec un investissement minimum de 50 $ et un maximum de 5 000 $ par investisseur. Ces tokens ne sont pas des actions SpaceX, mais des billets à ordre émis par RepublicX LLC, une filiale de Republic.
Chaque token donne à son détenteur droit à un paiement potentiel fondé sur la valeur des actions SpaceX lors d’un événement de liquidité, comme une introduction en bourse ou une acquisition. Il ne confère toutefois aucune propriété directe, aucun droit de vote ni aucun recours juridique à l’encontre de SpaceX. Le token utilise plutôt le cours de l’action SpaceX comme référence pour déterminer les rendements. Republic précise explicitement que l’unique contrepartie des investisseurs est RepublicX LLC, qui assume l’entière responsabilité des obligations de paiement et de déclaration liées aux billets.
Republic a annoncé son intention d’étendre cette offre à des tokens similaires faisant référence à d’autres grandes entreprises privées, comme OpenAI, Anthropic, Stripe, Ramp, Epic Games, Cursor, xAI, Telegram et Waymo. Les tokens seront créés selon une norme de security token développée par Republic et déployée sur Solana.
Même si cette structure n’offre pas une véritable exposition au capital, elle constitue une avancée importante vers un meilleur accès des particuliers aux marchés privés. Le modèle tokenisé de Republic pourrait servir de passerelle entre l’univers opaque du capital-investissement et la liquidité et la transparence des marchés publics, malgré des limites importantes.
Gavel, par Ellipsis Labs
Gavel est une plateforme complète d’Ellipsis Labs qui permet une distribution de tokens et une formation de capital équitables, efficaces et entièrement on-chain. Elle permet aux équipes de lever des fonds, de distribuer des tokens et d’amorcer la liquidité sans dépendre d’exchanges centralisés, tout en évitant des frais de cotation élevés, en limitant l’exposition au MEV toxique et en garantissant une plus grande transparence tout au long du processus.
Gavel répond essentiellement à trois besoins critiques des équipes qui lancent un token :
- Formation de capital
- Distribution des tokens
- Découverte des prix et liquidité initiale
L’architecture de la plateforme privilégie la résistance au sniping et aux attaques sandwich, qui compromettent aujourd’hui l’intégrité des lancements on-chain.
Le processus de formation de capital de Gavel commence par une vente publique de tokens. Les projets peuvent choisir parmi plusieurs mécanismes selon leurs objectifs, notamment des enchères hollandaises, une vente à prix fixe selon le principe du premier arrivé, premier servi (FCFS), ou des ventes soumises à autorisation. Ils déterminent également la part de l’offre totale de tokens allouée à la vente. Point crucial, le prix de vente final établit le prix d’ouverture des échanges sur le marché secondaire.
Après la vente, une partie du capital collecté, généralement en SOL, est associée au stock de tokens restant pour alimenter un pool AMM. Gavel veille à ce que le prix d’équilibre de la vente publique corresponde au prix initial sur l’AMM, évitant ainsi les écarts de prix et protégeant les premiers participants contre une dilution immédiate ou une manipulation des cours.
L’AMM de Gavel résistant aux attaques sandwich est conçu pour fournir une liquidité transitoire et servir de mécanisme d’amorçage plutôt que de réserve de liquidité à long terme. Contrairement aux approches traditionnelles de verrouillage de la liquidité, qui immobilisent souvent les capitaux et provoquent des pertes irrécupérables, Gavel applique un calendrier géré de retrait des positions LP. Au fil du temps, il retire la liquidité de manière programmée, la convertit dans la monnaie associée, par exemple SOL, puis la brûle, réduisant progressivement la position AMM à mesure que le token atteint un volume de trading durable sur le marché.
Gavel joue un rôle fondamental dans la concrétisation de la vision des ICM en proposant une alternative entièrement on-chain aux introductions en bourse, aux levées de capital-risque et aux lancements de tokens reposant sur des bonding curves. Son architecture résistante au sniping et aux attaques sandwich garantit des lancements de tokens à la fois efficaces en capital pour les émetteurs et fiables pour les investisseurs.
Conclusion
La vision des ICM est audacieuse : un système financier accessible dans le monde entier et sans autorisation, dans lequel toute personne disposant d’une connexion Internet peut investir et où la formation de capital est aussi fluide que le déploiement d’un smart contract. Dans ce monde futur, les marchés de capitaux ne se limitent plus à Wall Street et au Nasdaq : ils deviennent une fonctionnalité intrinsèque d’Internet. Chaque application peut être une application financière. Chaque utilisateur peut trader. Chaque actif peut être détenu, échangé et utilisé comme garantie on-chain.
Pour concrétiser cet avenir, il faut une infrastructure opérationnelle, une réglementation claire et une véritable adoption par les utilisateurs. Tous ces éléments commencent aujourd’hui à prendre forme. Pour l’instant, les actions tokenisées servent de représentations plutôt que de mécanismes de levée de capitaux, et les émetteurs doivent composer avec des cadres juridiques et réglementaires obsolètes. Mais les fondations d’un avenir où une entreprise pourra lever des capitaux directement auprès d’une base mondiale d’utilisateurs sont en cours de construction. Les investisseurs pourront y trader en continu avec des frais presque nuls, tandis que la composabilité on-chain ouvrira une nouvelle ère d’efficacité du capital.
Ressources complémentaires
- Présentation Internet Capital Markets Accelerate - Akshay BD, CMO de Solana Foundation
- La thèse Solana : les marchés de capitaux sur Internet - Kyle Samani, Multicoin Capital
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