
Le programme de délégation de la Solana Foundation et les défis des validateurs de la longue traîne
Nous remercions sincèrement Zantetsu de Shinobi Systems, Michael de Laine | Stakewiz et Ben Hawkins pour leur relecture des versions précédentes de ce travail.
Enseignements pratiques
- L’exploitation d’un validateur Solana est sans autorisation. Aucun montant minimal de stake n’est obligatoire. Aucune entité, y compris la Solana Foundation, ne peut décider qui opère sur le réseau.
- Les validateurs perçoivent des revenus libellés en SOL, qui augmentent directement avec leur niveau de stake. À l’inverse, de nombreux coûts d’exploitation sont fixes et payés en monnaie fiduciaire. Cette dynamique pénalise les nouveaux validateurs de la longue traîne disposant d’un faible stake.
- Le SFDP délègue 51 millions de stake, soit 13 % du stake total de Solana (385 millions). Ce chiffre est en baisse par rapport aux 100 millions du lancement du programme en décembre 2020.
- Les activités du SFDP sont très transparentes : le programme fournit des critères de délégation détaillés, des informations précises dans un tableau de bord, des mises à jour à chaque époque automatisées et des canaux d’assistance publics. Toutes les délégations sont administrées depuis un seul compte public, connu et identifié.
- 72 % des validateurs Solana bénéficient du soutien du SFDP et représentent 19 % du stake. Les 420 validateurs qui ne dépendent pas du SFDP contrôlent 81 % du stake.
- En raison d’un plafond strict de 1 million de SOL pour le stake externe, aucun validateur appartenant à la superminorité d’un tiers ou à la supermajorité des deux tiers ne peut bénéficier du soutien du SFDP.
- Les stakes délégués par le SFDP se répartissent en 2 catégories : l’abondement du stake (jusqu’à 100 000 SOL) et la délégation résiduelle (environ 30 000 SOL). Les coûts de vote sont aussi partiellement couverts pendant la première année du programme. La délégation moyenne s’élève à 45 652 SOL.
- 73 % des participants au SFDP ont attiré moins de 10 000 de stake en dehors du programme, et 51 % en ont attiré moins de 1 000.
- Nous estimons qu’en cas d’arrêt immédiat du SFDP, environ 897 participants au programme, soit 57 % de tous les validateurs Solana, auraient du mal à maintenir une activité rentable.
- Pour gagner des parts de marché, les validateurs indépendants de la longue traîne doivent soit rivaliser pour obtenir du stake géré activement on-chain et sensible à des facteurs tels que les taux d’APY, soit obtenir des allocations auprès de quelques grands pools de stake très convoités.
- Plusieurs scénarios peuvent justifier l’exploitation d’un validateur non rentable, notamment lorsque celle-ci apporte des avantages à d’autres activités. C’est particulièrement vrai pour les équipes de l’écosystème qui exploitent des dApps, des portefeuilles ou une infrastructure.
Introduction
Le Solana Foundation Delegation Program (SFDP) a suscité beaucoup d’attention en juin après l’exclusion forcée de plusieurs participants. Il avait été établi que ces validateurs avaient participé à des mempools privés, une pratique explicitement contraire aux conditions du programme.
Cette décision a été largement relayée par les médias spécialisés, puis de nombreuses critiques mal informées et de fausses informations ont circulé en ligne. Cet incident a révélé l’absence d’analyse formelle du SFDP et des effets positifs et négatifs du programme sur le paysage des validateurs Solana — une lacune que ce travail vise à combler.
Nous aborderons d’abord l’économie des nœuds validateurs de Solana qui détiennent du stake et produisent des blocs, car une bonne compréhension de l’économie des validateurs est indispensable à la suite de l’analyse. Les lecteurs qui connaissent déjà les dernières évolutions, notamment SIMD-96, peuvent passer cette section. Nous présenterons ensuite une analyse complète du SFDP, en décomposant ses principaux éléments à l’aide d’exemples et d’une analyse succincte. Puis nous étudierons la répartition du stake de Solana et l’effet spécifique du SFDP sur celle-ci. Enfin, grâce aux contributions de la communauté des validateurs, nous examinerons la capacité des validateurs de la longue traîne disposant d’un faible stake à bâtir une activité viable, durable et pérenne.
Avertissement : Solana évolue vite ! Ce travail doit être considéré comme un instantané à un moment donné. De nombreuses valeurs citées changent quotidiennement, à commencer par le prix du SOL. Consultez les sources de données indiquées pour obtenir les valeurs les plus récentes.
Économie des validateurs Solana
L’exploitation d’un validateur Solana est sans autorisation. Toute personne ou organisation disposant des connaissances techniques appropriées, d’un accès à l’Internet ouvert et de ressources financières suffisantes peut exploiter un validateur Solana si elle le souhaite. Aucun montant minimal de stake n’est obligatoire. Abstraction faite des externalités, il est raisonnable de supposer que les personnes et organisations rationnelles ne consacreront du temps et des ressources à l’exploitation d’un validateur que si elles anticipent un rendement financier positif (des revenus supérieurs aux coûts). Pour mieux comprendre ce point, examinons d’abord les dépenses pertinentes.
Dépenses
Les dépenses liées à l’exploitation d’un validateur Solana se répartissent en trois grandes catégories : le matériel, les coûts d’exploitation et le coût d’opportunité du capital et du travail.
Matériel (coût fixe, libellé en monnaie fiduciaire)
Solana impose des exigences plus élevées aux nœuds que la plupart des réseaux comparables du secteur. La recommandation matérielle complète pour les validateurs Solana comprend notamment les éléments suivants :
- CPU : 12 cœurs / 24 threads ou plus, fréquence de base de 2,8 GHz ou plus
- Mémoire : 256 Go ou plus
- Disque : SSD NVME PCIe Gen3 x4 ou supérieur, capacité totale de 2 To ou plus. TBW élevé
- Aucun GPU requis
Le matériel est l’un des coûts les plus simples à quantifier pour un validateur, mais il comporte malgré tout de nombreuses subtilités. Les opérateurs ont deux grandes possibilités : acheter leur matériel et amortir ce coût sur la durée de vie de l’équipement, ou le louer auprès d’un centre de données proposant des serveurs dédiés bare metal. La plupart choisissent la seconde option pour sa flexibilité et parce qu’une exploitation à domicile nécessiterait une ligne Internet dédiée en raison des besoins considérables en bande passante.
Les offres de serveurs bare metal de Latitude sont souvent citées comme une option moins chère répondant à ces exigences et commencent à 350 $ par mois. Ce tarif se situe dans le bas de la fourchette généralement payée par les opérateurs. Les coûts varient selon la région, le prestataire et le matériel exact. Parmi les fournisseurs d’accès choisis par au moins 100 validateurs figurent Teraswitch, Constant, Interserver et OVH. Une ventilation est disponible ici.
Le Server Program (SFSP) de longue date de la Solana Foundation vise à réduire les obstacles à l’entrée afin que de nouveaux opérateurs de validateurs puissent rejoindre rapidement le réseau grâce à des solutions prêtes à l’emploi. Ce programme est essentiellement un accord d’achat groupé sur lequel la Foundation ne prélève aucune commission. Le SFSP propose actuellement des contrats de location flexibles pour Edgevana et Equinix, à des tarifs compris entre 499 et 599 $ par mois. L’installation peut être réalisée en une seule journée et une procédure KYC est obligatoire.
Frais de vote (coût fixe, libellé en SOL)
Frais de vote par époque = 0.000005 SOL * Votes exprimés
Les coûts d’exploitation sont de 2 types : les frais de vote on-chain et les coûts de bande passante. Les frais de vote on-chain constituent le principal coût d’exploitation d’un validateur. Ils existent parce que les validateurs sont fortement incités à voter pour les blocs qu’ils considèrent comme canoniques, et que ces votes de consensus sont traités comme des transactions. Le prix des transactions de vote est fixé uniformément à 0.000005 SOL. Il s’agit de transactions privilégiées traitées par des canaux dédiés au sein de l’étape bancaire qui n’ont donc jamais à payer de frais de priorité. Chaque époque comprend 432 000 slots, mais tous les slots ne sont pas associés à un bloc. Le nombre réel est légèrement inférieur en raison des slots ignorés, sur lesquels aucun vote n’est possible. Le taux de slots ignorés varie généralement de 2 à 6 % selon l’état du réseau. Depuis l’introduction des Timely Vote Credits sur Mainnet-Beta au début de l’année, les validateurs peuvent voter pour plusieurs blocs avec un seul vote. Le coût moyen des frais de vote a ainsi été ramené à 1,4 SOL par époque (≈2 jours).
Bande passante (coût variable, libellé en monnaie fiduciaire)
Les besoins en bande passante varient selon les validateurs, car ceux qui détiennent plus de stake sont plus souvent désignés comme leaders. Les leaders connaissent d’importants pics d’activité pendant les slots qui leur sont attribués. Le trafic entrant peut dépasser un gigaoctet par seconde lorsque l’ensemble du réseau dirige ses paquets vers eux. Les recommandations de bande passante pour les validateurs sont donc d’au moins 1 gigaoctet, et idéalement de 10. Un validateur standard peut facilement traiter 100 téraoctets de données par mois, tandis que d’autres déclarent près de 150 téraoctets rien qu’en trafic sortant.
La facturation de la bande passante varie fortement d’un centre de données à l’autre. Latitude offre gratuitement le trafic entrant et 20 gigaoctets de trafic sortant, après quoi la bande passante coûte de 0,64 à 3,60 $ par téraoctet selon la région.
Coût d’opportunité (coût fixe, libellé en monnaie fiduciaire)
Les coûts d’opportunité sont doubles : ils concernent d’abord le capital, puis le travail. Le coût d’opportunité du capital correspond au rendement des bons du Trésor américain à court terme, actuellement de 5,25 à 5,5 %. C’est le rendement que nous aurions pu espérer si nous avions choisi de ne pas investir dans l’exploitation de notre validateur. Le coût d’opportunité du travail correspond au salaire du marché d’une personne qualifiée pour exploiter le validateur, un poste technique exigeant. Les opérateurs doivent parfaitement maîtriser les architectures blockchain, le matériel, le développement backend et le DevOps. Toute défaillance est pénalisée, ce qui signifie que les nœuds validateurs doivent rester actifs 100 % du temps ; ils exigent une surveillance constante et des mises à jour logicielles régulières. Les salaires de marché de ces spécialistes varient considérablement selon leur emplacement géographique.
Revenus
Les validateurs disposent de plusieurs sources de revenus, notamment les récompenses de bloc, les commissions et le MEV.
Commission de staking (coût variable, libellé en SOL)
Commission de staking = (Récompenses du stake délégué * Taux de commission )
Solana distribue des récompenses de staking à chaque époque en générant de nouveaux tokens SOL selon le calendrier d’inflation. Les récompenses de staking sont d’abord réparties en fonction des crédits obtenus durant l’époque. Un vote correct pour un bloc qui est ensuite finalisé et devient canonique rapporte un crédit au validateur (cela pourrait changer avec l’introduction des timely vote credits).
La part d’un validateur dans le total des crédits (c’est-à-dire ses crédits divisés par la somme des crédits de tous les validateurs) détermine sa récompense proportionnelle. Celle-ci est ensuite pondérée par le stake. Un validateur détenant 1 % du stake total devrait percevoir environ 1 % de l’inflation totale s’il dispose d’un nombre moyen de crédits. Ses récompenses varieront en conséquence s’il dépasse le nombre moyen de crédits. Les crédits de vote constituent une mesure quantitative de la participation et de la justesse d’un validateur dans le processus de consensus.
Les récompenses de staking sont versées aux délégateurs plutôt qu’aux validateurs. Les validateurs peuvent toutefois facturer une commission pour leurs services, calculée en pourcentage des récompenses d’inflation du délégateur. Cette commission est généralement inférieure à 10 %, mais peut techniquement correspondre à n’importe quel nombre entier compris entre 0 et 100 %.
N.B. Il existe plus de 200 validateurs Solana « privés » dont le stake appartient vraisemblablement entièrement à l’entité qui les exploite et est autodélégué. Ces validateurs SOL entièrement autofinancés par leur stake fixent leur commission à 100 %.
Récompenses de bloc (coût variable, libellé en SOL)
Récompenses de bloc par bloc finalisé produit (après SIMD-96) = (Frais de transaction de base * 0.5) + Frais de priorité
Les validateurs désignés comme leaders d’un bloc donné reçoivent des récompenses de bloc supplémentaires. Seul le validateur qui a produit le bloc reçoit ces récompenses. Celles-ci sont immédiatement créditées sur le compte d’identité du validateur lors de la production du bloc.
Auparavant, ces récompenses comprenaient 50 % des frais de base et 50 % des frais de priorité de toutes les transactions du bloc, le reste des frais étant brûlé. Cette structure changera toutefois avec l’adoption de SIMD-96, qui devrait être mise en œuvre après la Breakpoint Conference 2024, avec Agave 2.0, conformément au calendrier actuel d’activation des feature gates. À l’avenir, 100 % des frais de priorité reviendront aux producteurs de blocs. Ce changement supprime l’incitation des producteurs de blocs à conclure des accords parallèles hors protocole.
MEV (coût variable, libellé en SOL)
Commission MEV = (MEV total * Taux de commission MEV )
La valeur extractible maximale (MEV) désigne le bénéfice que les producteurs de blocs peuvent réaliser en incluant, en excluant ou en réorganisant arbitrairement les transactions dans les blocs qu’ils produisent. Solana n’impose pas aux validateurs l’ordre des transactions dans un bloc, ce qui laisse une grande marge de manœuvre aux mécanismes MEV hors protocole.
Plus de 80 % du stake utilise le client de validation Jito, un fork du client Agave d’origine qui introduit une vente aux enchères hors protocole de l’espace de bloc, offrant aux validateurs une source supplémentaire de revenus sous forme de pourboires. Les ventes aux enchères d’espace de bloc se déroulent off-chain via le Jito Block Engine et permettent aux chercheurs et aux applications de soumettre des groupes de transactions exécutées de manière atomique, appelés bundles. Ces bundles contiennent généralement des transactions sensibles au temps, comme des arbitrages ou des liquidations. Jito proposait auparavant un service de mempool canonique hors protocole, aujourd’hui abandonné.
Jito prélève des frais de 5 % sur tous les pourboires, avec un montant minimal de 10 000 lamports. Les pourboires fonctionnent entièrement hors protocole, indépendamment des frais de priorité et de base. Ils sont collectés auprès des chercheurs sur huit adresses de compte attribuées statiquement, puis distribués à la fin de chaque époque par le Tip Distribution Program.
En 2024, les revenus issus du MEV de Jito sont passés d’un montant négligeable à une source importante de revenus pour les validateurs. Ces revenus sont répartis en fonction du stake, après prélèvement d’une commission, comme les récompenses d’inflation. La commission MEV correspond à un pourcentage des récompenses MEV du délégateur, compris entre 0 et 100 %. Ce pourcentage est défini indépendamment du taux de commission appliqué par le validateur aux récompenses d’inflation.
Le paysage MEV de Solana évolue rapidement. Aujourd’hui, quelques validateurs continuent de participer à des mempools privés et de tirer profit d’attaques sandwich contre les utilisateurs, malgré la désapprobation sociale et les effets négatifs de cette activité sur l’expérience utilisateur. Nous prévoyons la poursuite du développement de mécanismes visant à décourager ces pratiques, notamment une QoS fondée sur la réputation, des systèmes de notation entièrement on-chain et de nouveaux clients de validation capables de capter le « bon » MEV.
Le MEV est un sujet complexe. Consultez notre précédent article du blog Helius ici pour en savoir plus sur Jito et le MEV de Solana.
Autres
Depuis l’adoption partielle de la qualité de service pondérée par le stake (SWQoS), les validateurs peuvent conclure des accords pour louer leur capacité pondérée par le stake à des nœuds RPC. En contrepartie, les nœuds RPC bénéficient d’une bande passante supérieure et peuvent ainsi obtenir de meilleurs taux d’inclusion dans les blocs. Des places de marché de vente aux enchères de bande passante transactionnelle facilitent ces accords entre les projets souhaitant acheter de la bande passante et les opérateurs de validateurs souhaitant vendre leur capacité excédentaire.
Motivations indirectes
Après avoir analysé tous les coûts directs et toutes les sources de revenus liés à l’exploitation d’un validateur, il est temps d’examiner les motivations plus indirectes.
L’exploitation d’un validateur peut produire des externalités positives ou apporter des avantages à d’autres activités. Helius en est un exemple : nous exploitons un validateur en synergie avec notre activité RPC principale, ce qui améliore l’inclusion des transactions de nos clients. Depuis l’adoption de SWQoS, toutes les équipes à l’origine d’applications populaires de l’écosystème ont une raison supplémentaire d’exploiter un validateur afin de garantir la qualité de service des transactions.
En outre, l’exploitation d’un validateur témoigne d’un engagement vertueux envers l’écosystème, susceptible d’influencer positivement les autres acteurs du secteur. Les validateurs disposant d’un stake très élevé confèrent également un certain prestige à leurs opérateurs. À l’inverse, l’exploitation d’un validateur doté d’un faible stake peut profiter aux équipes plus récentes et moins établies, en renforçant la confiance et en servant de « preuve de compétence technique ».
Les plateformes d’échange centralisées (CEX) constituent un autre cas à examiner, car plusieurs d’entre elles figurent parmi les validateurs Solana disposant du stake le plus élevé. Pour ces plateformes, le staking sur Solana représente une activité relativement modeste au sein d’une gamme de produits plus vaste. Les petites plateformes peuvent néanmoins souhaiter maintenir des services de staking non rentables pour proposer une offre complète. Les services de staking des CEX sont partiellement protégés de la concurrence : l’utilisateur particulier se trouve off-chain, privilégie la simplicité et reste relativement peu sensible à des rendements de staking inférieurs à la moyenne. Les CEX disposent donc d’une grande latitude pour déterminer le rendement qu’ils reversent à l’utilisateur.
Les fournisseurs de solutions de staking institutionnel constituent une autre catégorie à prendre en compte. Ces entreprises proposent des services de staking sur plusieurs chaînes. Certains ne sont pas nécessairement rentables pris isolément, mais restent pertinents dans le cadre de la stratégie globale de l’entreprise.
Le principal enseignement est que plusieurs scénarios peuvent justifier l’exploitation d’un validateur non rentable. En outre, le prix du SOL, variable essentielle pour déterminer la rentabilité en monnaie fiduciaire, est soumis à la volatilité des marchés crypto. En décembre 2022, après l’effondrement de FTX, alors que le SOL valait 15 $, on estimait que seuls 183 validateurs Solana étaient rentables. La volatilité des prix complique les prévisions fiables, mais favorise aussi une certaine tolérance aux trimestres non rentables, en particulier chez les opérateurs convaincus des perspectives à long terme de l’écosystème.
Résumé
Coûts = Matériel (fixe, monnaie fiduciaire) + Bande passante (variable, monnaie fiduciaire) + Vote (fixe, SOL) + Coûts d’opportunité (fixes, monnaie fiduciaire)
Revenus = Commission de staking (variable, SOL) + Récompenses de bloc (variables, SOL) + Commission MEV (variable, SOL)
Tous les revenus sont perçus en SOL et augmentent directement avec le niveau de stake. De nombreux coûts sont fixes et payés en monnaie fiduciaire.
Pour approfondir ce sujet important, consultez notre précédent article du blog Helius, Économie des validateurs Solana : introduction.
Solana Foundation Delegation Program (SFDP)
À terme, je pense que le SFDP devrait davantage ressembler à un incubateur permettant de réduire les risques au début, mais sans vous soutenir indéfiniment. À mon avis, moins la Foundation sera indispensable au maintien d’un nombre satisfaisant de validateurs, mieux ce sera.

Origines du programme
Le SFDP n’existait pas aux débuts de Solana. La majorité des validateurs de Mainnet Beta recevaient directement jusqu’à 550 000 SOL en délégation de la Solana Foundation, une valeur choisie de manière quelque peu arbitraire.
Le SFDP a été officiellement annoncé en décembre 2020. Son déploiement était initialement automatisé par un script qui répartissait dynamiquement et uniformément un pool de 100 millions de SOL afin de maximiser le nombre de nœuds dans la superminorité d’un tiers. La superminorité est un seuil crucial : elle représente le plus petit groupe de validateurs qui, s’ils s’entendaient, détiendraient suffisamment de stake pour perturber le processus de consensus, censurer des blocs ou même arrêter la chaîne. Ce scénario est théoriquement possible, mais peu probable en pratique, car ces entités sont celles qui auraient le plus à perdre financièrement d’une perturbation du réseau.
Cette configuration initiale du SFDP incitait activement les opérateurs de la superminorité à répartir leur stake entre plusieurs validateurs, créant ainsi de nouveaux nœuds hors de la superminorité et automatiquement admissibles aux délégations du programme. Les exigences initiales du programme étaient relativement souples par rapport aux normes actuelles et le pool de délégation était plus important, avec 100 millions de SOL.
Cette version du SFDP servait d’outil automatisé rudimentaire et contribuait à uniformiser la répartition du stake sur une longue traîne de validateurs moins dotés.
La version actuelle du SFDP a débuté en avril 2024. Le programme actualisé présente trois objectifs :
- Maximiser la décentralisation, la fiabilité et les performances de Solana
- Maximiser le nombre de validateurs disposant de sources de stake diversifiées
- Maintenir un testnet vaste et représentatif
Testnet
Examinons d’abord Testnet, l’un des quatre clusters standard de Solana : Localnet, Testnet, Devnet et Mainnet-Beta. Il sert à tester sous contrainte les fonctionnalités des prochaines versions tout en surveillant les performances, la stabilité et le comportement des validateurs du réseau sur un cluster actif. Localnet ne doit pas être confondu avec Devnet, qui est un environnement de test pour les développeurs permettant de déployer des programmes et de tester des applications en toute sécurité et sans frais. Un Testnet actif et étendu est essentiel pour Solana. Toutefois, comme tous les tokens de testnet sont intrinsèquement sans valeur, il faut trouver d’autres moyens d’inciter et de rémunérer les validateurs. Testnet constitue donc un élément important du SFDP.
L’adhésion au SFDP de Testnet est indispensable pour participer au programme Mainnet-Beta, car tous les participants doivent avoir été acceptés dans le programme Testnet et y être en règle. Le SFDP peut ainsi évaluer les opérateurs, qui doivent prouver leur capacité à assurer l’exploitation en respectant un ensemble d’exigences de Testnet. Le programme Testnet prévoit également quelques primes, 250 $ par mois pendant six mois au maximum, qui compensent partiellement les coûts matériels fixes liés à l’exploitation d’un nœud et dont le versement dépend du respect des exigences de performance.
Intégration au programme
Alors que l’accès au programme Testnet est immédiat, l’adhésion au programme principal du SFDP sur Mainnet-Beta implique au moins un an d’attente en raison de la forte demande. Chaque semaine, un nombre inférieur à dix de nouveaux participants rejoignent actuellement le programme Mainnet par l’intermédiaire de la file d’attente prioritaire standard. Il existe également un autre parcours d’intégration appelé « Ecosystem Contributor Priority Queue (ECPQ) », spécialement conçu pour les développeurs et les contributeurs de l’écosystème. Cette file d’attente résistante aux attaques Sybil et fondée sur une « preuve de travail » accélère l’intégration des personnes capables de démontrer des contributions significatives à Solana. Les contributeurs vérifiés de l’écosystème sont ainsi intégrés en une à deux semaines. Aucun critère formel ne définit ce qui constitue une « contribution significative ».
Délégation de stake
Le stake délégué par le SFDP se répartit en 2 catégories : l’abondement du stake et la délégation résiduelle. Dans le cadre de l’abondement, le SFDP accorde aux participants un montant égal à leur stake extérieur au programme, dans la limite de 100 000 SOL. Pour la délégation résiduelle, les SOL réservés au programme mais pas encore attribués par abondement sont répartis uniformément entre tous les validateurs admissibles. À l’heure actuelle, le stake résiduel est d’environ 30 000 SOL par validateur. Le seuil maximal de stake du programme s’élève actuellement à 1 million de SOL. Les participants dont le stake extérieur au SFDP dépasse ce montant ne sont plus admissibles au programme. Voici quelques scénarios fondés sur différents montants de stake extérieur au SFDP :
Le SFDP profite considérablement aux validateurs disposant d’un faible stake. La part du SFDP ne commence à représenter moins de la moitié du stake d’un validateur que lorsque celui-ci dépasse 130 000 SOL extérieurs au SFDP. De plus, le seuil strict du programme signifie que les validateurs disposant de 1,1 million de SOL de stake extérieur au SFDP auront au total moins de stake que ceux qui en détiennent un peu moins de 1 million et bénéficient encore du programme. Sans surprise, certains ont demandé une réduction plus progressive plutôt qu’un seuil unique susceptible, dans certains cas limites, d’inciter les validateurs à réduire leur stake pour rester dans le programme.
Prise en charge des coûts de vote
La prise en charge des coûts de vote constitue un autre avantage majeur du programme. Comme indiqué précédemment, le vote est le principal coût d’exploitation d’un validateur. Il peut être prohibitif pour les nouveaux validateurs disposant d’un faible stake et en dissuader beaucoup de se lancer. Pour atténuer ce problème, le SFDP subventionne les coûts de vote pendant la première année de participation de l’opérateur au programme et les couvre à 100 % durant les trois premiers mois. Cette couverture diminue de 25 % chaque trimestre (45 époques) et prend fin au bout de 12 mois.
Critères du programme
Les candidats doivent suivre une procédure KYC/AML pour intégrer le programme. Ils doivent également respecter les critères de performance détaillés sur le site officiel du programme. Il existe actuellement dix exigences pour bénéficier d’une délégation résiduelle et une exigence supplémentaire pour bénéficier de l’abondement du stake. La prise en charge des coûts de vote est soumise aux mêmes exigences que la délégation résiduelle.
Exigences de la délégation résiduelle
Exigences de l’abondement du stake
Les participants au SFDP peuvent exploiter le client de validation Jito et vendre de la bande passante SWQoS. Il leur est toutefois explicitement interdit de rejoindre des programmes de mempool privé qui facilitent les attaques sandwich contre les utilisateurs.
Le site officiel fournit des informations détaillées sur chaque validateur participant au programme SFDP. Les stakes du programme sont disponibles au format JSON brut via Stakeview ici.
Des informations détaillées sur le staking du programme de délégation sont publiées à chaque époque sur le canal « sfdp-mb-stake » du serveur Discord Solana Tech. Le SFDP proposait auparavant un outil CLI, désormais abandonné.
Le SFDP n’est pas le seul programme de ce type. Parmi les initiatives similaires sur d’autres blockchains figurent le programme de délégation de la Celestia Foundation, dont certains estiment qu’il profite à plus de la moitié des validateurs Celestia actifs, le programme de délégation de la Sui Foundation et le programme de délégation de la Near Foundation (désormais inactif).
Paysage des validateurs et effets du SFDP
Avant d’aborder les effets du SFDP, nous devons d’abord établir une compréhension commune du paysage des validateurs et du staking sur Solana.
Bien que le cofondateur de Solana, Anatoly Yakovenko, ait précédemment évoqué un objectif à long terme de plus de 10 000 nœuds complets, Solana compte actuellement 1 525 validateurs au total, contre un pic de 2 564 en mars 2023 — un chiffre qui reste relativement élevé par rapport à la plupart des acteurs comparables du secteur.
Cependant, tout comme les adresses sur une blockchain ne correspondent pas nécessairement à des utilisateurs, le nombre de validateurs ne reflète pas le nombre réel d’entités qui les exploitent. Ce nombre est probablement légèrement inférieur, car les grandes entités répartissent souvent leur stake entre plusieurs validateurs. C’est notamment le cas de Jito (1, 2), Coinbase (1, 2) et Mrgn (1, 2, 3, 4). Le fait qu’une même entité exploite plusieurs validateurs n’a rien de problématique en soi. Cela peut profiter au réseau en renforçant la diversité géographique et celle des fournisseurs d’accès à Internet, à condition que les validateurs ne soient pas exploités au même endroit. Notez également que tous les validateurs ne sont pas publiquement associés à des entités, ce qui est inhérent à un système sans autorisation.
L’offre totale de SOL s’élève actuellement à 582 millions, dont 382 millions de SOL en staking, soit environ 66 % de l’offre totale. Ce niveau de staking est resté relativement stable pendant plusieurs années, même en période d’inflation. Ce taux élevé s’explique en partie par la simplicité du processus. Le mécanisme de consensus par preuve d’enjeu déléguée (DPOS) est intégré nativement au réseau Solana. Le staking est directement accessible depuis les portefeuilles, les dApps de l’écosystème et diverses plateformes de comparaison. Les détenteurs de tokens peuvent facilement placer leurs SOL en staking auprès d’un validateur ou les retirer à chaque limite d’epoch. Ils peuvent également les déléguer à des pools de staking ou acheter des tokens de staking liquide, ce qui revient à faire du staking.
Examinons maintenant la répartition actuelle du stake parmi les validateurs de Mainnet-Beta. Représenter directement cette distribution à longue traîne sur un graphique à échelle linéaire est peu pratique :
Les mêmes données sont présentées ci-dessous sur une échelle logarithmique afin de faciliter l’analyse :
Le nombre total d’adresses de staking, actuellement de 437 000, augmente régulièrement depuis plusieurs années. Le nombre total de comptes de staking, qui atteint aujourd’hui 1,27 million, progresse encore plus rapidement.
Cela représente en moyenne 2,9 comptes de staking par adresse de staking. De nombreuses raisons légitimes peuvent conduire un même utilisateur à contrôler plusieurs adresses. Le nombre d’adresses de staking ne peut donc pas être directement assimilé au nombre d’utilisateurs du staking. Il est toutefois raisonnable de s’attendre à ce que le nombre d’utilisateurs suive globalement une tendance haussière parallèle à celle du nombre d’adresses.
Le stake verrouillé diminue lentement mais régulièrement depuis longtemps. Il s’élève actuellement à 47,5 millions de SOL, soit 12 % du stake total. Le nombre de comptes de stake verrouillé a atteint cette année un record historique de 5 194 en raison des ventes de tokens issues de la procédure de faillite de FTX Estate/Alameda Research.
Le stake verrouillé désigne les tokens détenus sur des comptes soumis à des conditions qui empêchent leur retrait avant une date prédéterminée. Ces paramètres de verrouillage, définis par un dépositaire désigné lors de la création du compte, reposent sur un horodatage UNIX ou un epoch précis.
Étonnamment, 94 % de tous les SOL en staking le sont nativement. Seuls 6 % (24,2 millions de SOL) utilisent le staking liquide, qui améliore l’efficacité du capital et facilite la participation à l’ensemble de l’écosystème DeFi de Solana. Le staking liquide est passé de 17 millions de SOL au début de 2024 et de 12,4 millions un an auparavant, soit une croissance annuelle de 95 %.
Enfin, le coefficient de Nakamoto de Solana, souvent cité, est actuellement de 19, contre un pic de 34 le 13 août 2023. Mesure rudimentaire de la décentralisation, le coefficient de Nakamoto représente le plus petit ensemble de nœuds pouvant s’entendre pour arrêter une blockchain. Cet ensemble est également appelé « superminorité » et correspond au tiers supérieur du stake.
SFDP
Analysons maintenant le SFDP en détail. Tous les graphiques et toutes les valeurs présentés dans cette section reposent sur l’epoch 658, à la mi-août 2024. Les données brutes utilisées sont accessibles ici.
Les délégations du SFDP sont administrées depuis un unique compte d’autorité de stake, qui délègue actuellement un peu plus de 51 millions de SOL. Cela représente 13 % du stake total de Solana, pour une valeur de 7,3 milliards de dollars au moment de la rédaction. Au cours de ses 3,5 années d’existence, le stake administré a diminué d’environ moitié par rapport aux 100 millions de SOL initiaux.
Au total, 1 105 validateurs bénéficient du soutien du SFDP, soit 72 % des 1 525 validateurs. Les validateurs qui bénéficient du SFDP représentent 74 millions de SOL en stake (SFDP + hors SFDP), soit 19 % du stake total de Solana. Les 420 validateurs qui ne dépendent pas du SFDP contrôlent 81 % du stake actif. La délégation moyenne est de 45 652 SOL et la délégation médiane de 31 513 SOL.
La superposition du stake du SFDP sur un graphique logarithmique du stake total montre que, malgré sa part de seulement 13 % du stake total, le stake du SFDP exerce une influence disproportionnée sur les validateurs à longue traîne.
Le retrait du stake du SFDP du graphique ci-dessus révèle encore davantage l’effet considérable du programme en dehors de la supermajorité des deux tiers.
En ce qui concerne le stake total des participants au SFDP (stake SFDP + hors SFDP), 13 validateurs (1 % des participants) détiennent plus de 300 000 SOL et 205 validateurs (19 %) en détiennent plus de 100 000.
Lorsque nous retirons le stake du SFDP pour nous concentrer sur le stake hors SFDP que les participants au programme ont réussi à attirer eux-mêmes, nous constatons que 50 validateurs (4,5 %) détiennent plus de 100 000 SOL en stake, 184 validateurs (17 %) plus de 50 000, 810 validateurs (73 %) moins de 10 000 et 567 validateurs (51 %) ont réussi à attirer moins de 1 000 SOL en stake en dehors du programme.
Le taux d’intégration des nouveaux participants au SFDP suit une tendance constante depuis plusieurs années, ce qui montre que les participants ont été admis progressivement dans le programme plutôt que par vagues.
763 validateurs du SFDP (69 %) ont fixé leur taux de commission à 7 %, le maximum autorisé par le programme pendant cet epoch. 295 validateurs (27 %) ont fixé leur taux de commission à 0 %.
Fait intéressant, 531 validateurs du SFDP (48 %) combinent un taux de commission fixé au maximum de 7 % et moins de 1 000 SOL de stake hors SFDP. Parmi les 100 premiers validateurs du programme classés selon le niveau de stake hors SFDP qu’ils ont réussi à attirer en dehors du programme, 18 appliquent un taux de commission de 7 %. Parmi les 100 derniers, ce chiffre atteint 97.
Des membres de longue date de la communauté des validateurs Solana ont précédemment estimé qu’environ 35 000 SOL en stake étaient nécessaires pour couvrir les frais de vote, la principale dépense des validateurs. Actuellement, seuls 208 validateurs du SFDP (19 %) atteignent ce seuil avec leur stake hors SFDP. Selon cette estimation, si le SFDP était immédiatement interrompu, 897 participants au programme — soit 57 % de tous les validateurs Solana — cesseraient d’être rentables, au point de ne plus pouvoir couvrir les frais de vote, sans même parler des coûts supplémentaires comme le matériel, la bande passante et les coûts d’opportunité.
En raison de la limite maximale de 1 million de SOL délégués hors programme imposée par le SFDP, aucun validateur appartenant à la superminorité ou à la supermajorité ne peut actuellement bénéficier du soutien du SFDP. Compte tenu de cette limite stricte, seuls les validateurs à longue traîne situés dans les 32 % restants du stake, en dehors de la supermajorité, peuvent y prétendre.
Le chemin des validateurs vers la pérennité
Cette section du rapport examine la situation du point de vue d’un validateur Solana indépendant, récent et disposant d’un stake limité — précisément le type d’entité que le SFDP est conçu pour aider. Quelles options s’offrent à lui pour accroître son stake au-delà du SFDP ? Comment peut-il obtenir un avantage concurrentiel sur le marché ? Et quelles sont les perspectives à long terme pour cette catégorie ?
En résumé, un validateur indépendant à longue traîne dispose de trois principaux canaux pour augmenter son stake : le SFDP, les pools de staking et ses propres canaux. Après avoir abordé le SFDP, examinons les autres options disponibles.
Pools de staking
« Il n’existe que deux façons de gagner de l’argent dans les affaires. La première consiste à regrouper. La seconde à dissocier. » — Jim Barksdale, Netscape.
Les pools de staking sont souvent cités comme l’un des meilleurs moyens pour les validateurs indépendants d’obtenir du stake. Ils constituent une alternative au staking natif traditionnel et contribuent à décentraliser le réseau en facilitant la délégation du stake entre de nombreux nœuds validateurs. En contrepartie de leur participation à un pool de staking, les délégateurs reçoivent généralement un token de staking liquide (LST). Chaque pool de staking applique ses propres critères de sélection des validateurs et sa propre stratégie de délégation. Certains privilégient la décentralisation géographique. Presque tous exigent que les validateurs respectent des critères de performance minimum pour rejoindre leur ensemble de validateurs. Un même validateur peut participer simultanément à plusieurs pools de staking.
Les pools de staking comptant le plus grand nombre de validateurs participants sur Solana sont Blaze (351), Marinade (337), Jito (283) et JPool (263). Tous imposent des critères stricts aux validateurs qui souhaitent rejoindre le pool. Parmi les exigences courantes, le validateur doit se situer en dehors de la superminorité, afficher un APY élevé sur plusieurs epochs récents et présenter un faible taux de slots ignorés. Les critères de délégation détaillés sont disponibles ici (Jito, Blaze, Marinade, JPool). Les frais de gestion sont de 6 % pour mSOL, 5 % pour bSOL, 4 % pour JitoSOL et 5 % pour JPool. Les pools sont rééquilibrés à chaque epoch, dans la limite d’environ 5 à 7,5 % du stake total.
Les pools de staking sont des agrégateurs en ligne classiques qui mettent en relation l’offre et la demande. Ici, l’offre correspond à des validateurs indépendants non différenciés, comparables à des chauffeurs Uber ou à de petits commerçants indépendants sur une marketplace d’e-commerce. La demande provient de milliers d’utilisateurs souhaitant placer en staking des quantités relativement faibles ou moyennes de SOL. Les utilisateurs recherchent la simplicité et un rendement sous la forme d’un APY compétitif. Les agrégateurs cherchent à accroître leur part de marché et leur taux de prélèvement en facilitant les échanges entre les deux parties. Les validateurs indépendants veulent avant tout augmenter leur stake.
Le fonctionnement des agrégateurs sur Internet est bien connu. Dans ce type de chaîne de valeur, la valeur revient généralement à l’agrégateur, qui peut imposer son pouvoir de fixation des prix à l’offre. Ce qui constituait initialement une aubaine pour le fournisseur évolue avec le temps vers un système payant extrêmement concurrentiel. Cette évolution commence à se manifester avec la nouvelle stratégie de délégation Stake Auction Marketplace (SAM) de Mardinade Finance : une enchère concurrentielle dans laquelle les validateurs enchérissent directement les uns contre les autres pour obtenir une allocation de stake, selon un modèle de « paiement contre stake ». Les validateurs sont incités à enchérir jusqu’au taux qu’ils estiment encore rentable, voire au-delà s’ils pensent que le SFDP égalera le stake reçu de SAM.
Jito est le plus grand pool en termes de stake, avec plus de 12 millions de SOL. Répartis en moyenne entre les 283 validateurs du pool, cela représente 42 500 SOL par validateur — une allocation considérable qui peut à elle seule permettre à un validateur de dépasser son seuil de rentabilité. Les autres pools affichent des moyennes inférieures et, compte tenu du chevauchement entre eux, s’appuyer uniquement sur ces pools ne fournirait suffisamment de stake que pour soutenir quelques centaines de validateurs.
Sanctum et les LST de validateurs
Un complément très commenté au modèle des pools de staking, qui a gagné en popularité cette année, est Sanctum. Sanctum élimine de nombreux obstacles majeurs au lancement de LST en résolvant les problèmes liés à l’apport de liquidité et à la composabilité DeFi pour les validateurs à longue traîne qui souhaitent lancer un LST sous leur propre marque afin d’attirer du stake.
Sanctum peut être considéré comme une plateforme comparable à Shopify, qui fournit aux validateurs l’infrastructure nécessaire pour vendre « directement aux consommateurs » (DTC). Elle souffre toutefois du même inconvénient majeur que Shopify : elle ne peut pas assurer une distribution significative. Sanctum est simplement une boîte à outils, certes importante, qui égalise en grande partie l’expérience utilisateur entre les plus grands fournisseurs de LST, dotés d’une forte liquidité, et les plus petits acteurs. Sanctum représente une avancée majeure pour les validateurs qui sont déjà parvenus à différencier leur produit et/ou disposent de leurs propres canaux de distribution.
Cela met en évidence un problème majeur pour les validateurs indépendants spécialisés disposant d’un stake limité : le faible nombre de canaux efficaces pour promouvoir leurs services. La création de contenu, la gestion des réseaux sociaux et le développement d’une communauté peuvent être efficaces, mais ces compétences correspondent mal aux petites équipes d’exploitation de validateurs à dominante technique.
Si nous revenons à notre présentation du paysage des validateurs, nous constatons que d’autres catégories, notamment les équipes de l’écosystème, les plateformes d’échange et les prestataires de services de staking destinés aux institutions, disposent de canaux plus clairement définis pour atteindre les participants au staking. Les équipes de l’écosystème exploitent des dApps, des portefeuilles et des infrastructures qui génèrent naturellement des prospects de qualité pour les services de staking. Avec une planification rigoureuse, la montée en gamme ou la campagne promotionnelle visant à convertir les utilisateurs en participants au staking peut se faire de manière relativement fluide. Les services de staking destinés aux institutions adoptent naturellement une autre approche multicanale, notamment en développant des relations de haut niveau, en recrutant des équipes commerciales B2B et en participant activement aux événements du secteur. Les plateformes d’échange centralisées sont sans doute les mieux placées, car elles peuvent s’appuyer sur leur vaste clientèle existante.
Pour gagner des parts de marché, les validateurs indépendants à longue traîne doivent se disputer la part de stake non passif, c’est-à-dire le stake activement géré on-chain et sensible à des facteurs tels que les taux d’APY. Cette part reste toutefois relativement faible par rapport au stake total : tous les LST réunis n’en représentent que 6 %. De plus, en proposant une commission de 0 % sur l’inflation et le MEV, les validateurs risquent involontairement d’attirer les participants les plus sensibles aux prix, qui seront aussi les plus susceptibles de retirer leur stake lorsque les taux remonteront à des niveaux plus durables.
Frais de vote
La dynamique des frais de vote constitue un autre facteur défavorable aux validateurs à longue traîne. Les frais de vote représentent le principal coût d’exploitation d’un validateur. Comme ils sont libellés en SOL, ce coût augmentera à mesure que le réseau gagnera en valeur. Le mécanisme actuel de frais de vote de Solana produit deux effets principaux. Premièrement, il impose une destruction déflationniste relativement faible de tokens SOL, au bénéfice de tous les détenteurs. Deuxièmement, il transfère de la richesse des validateurs disposant d’un faible stake vers ceux qui en détiennent davantage, comme l’illustre l’exemple simplifié ci-dessous.
Quel que soit leur stake, tous les validateurs doivent voter et payer les mêmes frais de vote. Ces frais sont détruits à 50 % et distribués à 50 % au constructeur du bloc. Cependant, les slots de leader sont attribués en fonction du stake. Les validateurs disposant d’un stake supérieur produisent donc davantage de blocs par epoch que ceux dont le stake est plus faible, ce qui leur permet de récupérer davantage de frais de vote versés par les autres validateurs. Les frais de vote peuvent ainsi être considérés comme une économie circulaire qui favorise les validateurs disposant du stake le plus élevé.
Tout au long de l’année 2024, la forte augmentation des frais de priorité et des commissions de MEV a réduit l’importance relative des frais de vote. Cependant, la dynamique entre les coûts fixes et les revenus variables de ce mécanisme demeure une force persistante de centralisation, qui désavantage les validateurs à longue traîne.
Pistes de recherche futures
Les défis abordés dans cette étude ouvrent plusieurs pistes de recherche futures. En voici quelques-unes :
- Quels mécanismes et mesures incitatives pourraient être développés pour contrer les forces de centralisation et mieux soutenir les validateurs disposant d’un faible stake ?
- Quel est le nombre idéal de validateurs Solana ? Qu’est-ce qui constituerait un coefficient de Nakamoto et une répartition du stake « sains » ?
- Comment le SFDP pourrait-il être modifié pour mieux aligner les intérêts des participants sur les objectifs du programme ?
- Existe-t-il des stratégies permettant d’encourager les grands validateurs privés, institutionnels et liés à des plateformes d’échange à répartir leur stake de manière plus homogène, éventuellement en utilisant l’infrastructure existante des pools de staking ?
Conclusion
Tout au long de cet article, nous avons examiné le SFDP et les défis associés auxquels sont confrontés les validateurs indépendants à longue traîne de Solana. L’exploitation de validateurs indépendants constitue un marché ouvert et extrêmement concurrentiel. Le modèle économique est relativement transparent et présente des barrières à l’entrée faibles à modérées. Les nouveaux validateurs indépendants qui ne disposent pas de leurs propres canaux de distribution sont interchangeables. Sans différenciation, activités synergiques ou canaux promotionnels propres, ils auront probablement du mal à générer durablement des bénéfices supérieurs à la normale. Même avec le soutien du SFDP, attirer du stake reste difficile. La majorité des SOL est placée en staking de manière passive et détenue par de grands validateurs privés, institutionnels ou liés à des plateformes d’échange, ce qui la rend inaccessible aux nouveaux validateurs. Dans sa forme actuelle, le SFDP ne contribue guère à résoudre ces problèmes plus larges.
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